Première fiction.

Première fiction.
Love sex death passion fear obsession. Just like life.
# Posté le mercredi 08 novembre 2006 10:45
Modifié le lundi 14 juillet 2008 08:47

Première partie.

New-York, dans un appartement luxueux donnant sur Central Park, un jeune homme âgé à peine d'une vingtaine d'années ouvrait un livre écrit en français et en lit les premières pages. Il était grand, mince, blond et beau. Très beau. Trop beau. Tellement que ça en brûlait les yeux. Que ça nous démangeait le ventre et que l'envie irrésistible de lui sauter dessus vous prenait aux tripes. Mais d'un autre côté, sa beauté était comme une barrière, elle dégageait une sorte de pouvoir qui vous empêchait de l"approcher de trop.

Ce gars-là, il inspirait le respect. Pas un respect de par sa carrure, ou ses muscles, c'était juste une de ces personnes imposantes rien qu'à leur attitude. Imposant dans le regard, majestueux dans l'âme. J'm'exprime mal, c'est pas facile de mettre des mots sur ces sentiments étranges et contradictoires qu'inspirait cet homme pourtant si jeune. On se sentait juste systématiquement inférieur à lui. On sentait que ce n'était pas juste un beau gosse, qu'il avait quelque chose derrière ses doux yeux bleus.

Il n'était pas seul dans la pièce. Assise en tailleur dans un canapé noir, une jeune fille lisait tranquillement le tout dernier Vogue fraîchement reçu le matin même. Très mince également, on devinait que ce n'était pas n'importe qui, ce qui n'est pas étonnant, d'ailleurs, on verrait mal une fille banale se trouver en compagnie d'un homme pareil. On devinait tout de suite également qu'elle est habituée à être regardée. Elle avait ce je n'sais quoi dans l'attitude qui nous le faisait entendre. Ses longs cheveux blonds légèrement ondulés pendaient le long de ses épaules, soigneusement coiffés. Ce couple avait tout l'air d'entretenir une relation seine et épanouie, malgré leur jeunesse. Le couple parfait : Jeune, beau, blonds et riche.

Voilà comment j'aurais décrit la scène si je n'en avais pas fait partie. Beaucoup de gens éprouvaient de l'admiration à notre égard et se serait sentis cons face à nous. Je l'ai dit plus tôt, nous étions beaux, jeunes, blonds et riches. En clair, nous avions le monde à nos pieds, et nous en profitions bien.

C'est avec un accent américain assez sexy qu'Eric prononça les premières phrases de ce livre. Sa voix était claire et posée, sûr de lui :

« Je suis une pétasse. De celles que vous ne pouvez supporter; de la pire espèce, une pétasse du XVIe, mieux habillée que la maîtresse de votre patron. Si vous êtes serveur dans un endroit «branché» ou vendeur dans une boutique de luxe, vous me souhaitez sans doute la mort, à moi, et à mes pareilles. Mais on ne tue pas la poule aux ½ufs d'or. Aussi mon engeance insolente perdure et prolifère t elle...

Je suis le symbole éclatant de la persistance du schéma marxiste, l'incarnation des Privilèges, l'effluve capiteux du Capitalisme.

En digne héritière de générations de femmes du monde, je passe plus de temps à me laquer les ongles, à me dorer la pilule au soleil, à rester le cul sur un fauteuil et la tête dans les mains d'Alexandre Zouari, à lécher les vitrines de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, que vous à travailler pour subvenir à vos petits besoins.

Je suis un pur produit de la Think Pink generation, mon credo : sois belle et consomme.
Embrigadée dans le tourbillon polycéphale des tentations ostentatoires, je suis la muse du dieu Paraître sur l'autel de qui j'immole gaiement chaque mois l'équivalent de votre salaire.
Un jour, je ferai sauter mon dressing.

Je suis française et parisienne et je n'en ai que faire, je n'appartiens qu'à une seule communauté, la très cosmopolite et très controversée Gucci Prada tribe; le monogramme est mon emblème. Je suis un peu cari..»

C'en était trop. Qu'est-ce qui lui prenait de lire ça, hein ? Je me levai brusquement, laissant le magazine glisser entre mes mains pour fnir par terre. Je lui ordonnai de se taire mais il continua sa lecture. Je m'emparai alors du livre, l'interrompant dans sa lecture. Il me regardait en riant, se moquant sans vergogne de ma réction ce qui ne fit qu'attiser ma colère. Je jetai alors le pauvre livre par la fenêtre sous l'impulsion du moment. Eric, changeant d'humeur aussi brusquement d'humeur que moi, s'écria :

« Mais qu'est-ce qui te prend putain ?!
- Il me prend, putain Eric, que je n'ai aucune envie d'en entendre plus !
- Et je peux savoir pourquoi ? »

Ne prenant pas la peine de répondre, j'enfilai ma veste, empoignai mon sac et des lunettes de soleil et m'apprêtai à sortir.

« Je pense savoir pourquoi, reprit Eric, c'est parce que cette fille qu'on décrit elle te ressemble trop.
- Qu'est-ce que tu peux être con !
- Et je peux savoir où tu vas ?
- Me promener, répondis-je sur un ton faussement calme. J'ai le droit ?
- Bien sûre, mon c½ur, mais sois là à l'heure du dîner. Sophie s'est donné la peine de préparer ton plat préféré, ce serait dommage que tu le manques.
- Je t'ai déjà dit de ne pas m'appeler mon c½ur, dis-je d'un ton sec et froid.
- Désolé, tu comptes tellement à mes yeux, je n'arrive pas à m'en empêcher. Alexia ?
- Oui ? Dis-je sur le pas de la porte.
- Tu me donnes un baiser avant de partir ? »

J'hésitais. Il me demandait quelque chose que je n'avais nullement envie de faire tellement ça me faisait mal au c½ur. Tellement, même si je ne me l'avouais pas, je pensais à une autre personne. J'aurais voulu que ce soit un autre, c'lui que mon « c½ur » avait malheureusement choisi. Bordel de c½ur. Il ne fallait pas que je pense à lui. A ce nous que nous avions formé il n'y a pas si longtemps que ça dans la vie d'un homme. Pourtant, tout cela me paraissait tellement lointain. Maintenant, cela m'écorchait les lèvres de le prononcer, ce petit pronom. Parce qu'il signifiait Moi, et Eric. Lui et moi, Nous.

Je finis par me diriger vers cet homme qui m'aimait. Que j'avais moi aussi aimé, et que j'aimais encore aujourd'hui, mais différemment. Cet homme qui tenait malgré tout à moi, cet homme sur lequel je me raccrochais sans trop vraiment savoir pourquoi. Etait-ce la peur ? Mais peur de quoi ? J'étais jeune, j'avais toute la vie devant moi et encore tellement de choses à découvrir, à accomplir, et pourtant je me raccrochais, tant bien que mal, je me raccrochais.

Peut-être était-ce simplement la peur de me faire mal. Peur de tomber une fois encore. Peur de voir à nouveau mon univers que je m'efforçais de construire à nouveau s'effondrer. Peur de verser à nouveau des larmes. Peur de trop penser à la mort, cette salope qui m'avait pris trop de gens. Peur que mon c½ur fasse des siennes. Peur de faire du mal aux autres, aussi. Même si au fond, je savais pertinemment que mes efforts étaient vains, qu'ils ne me mèneraient qu'à du vent. Que je continuerai toujours à avoir mal et à en faire aux autres perpétuellement, parce que c'était plus fort que moi, un truc ancré en moi.

Parce que malgré tout, je tombais peu à peu. Je me laissais tomber dans ma connerie, je m'effondrais, je me détruisais, je me cassais, je m'écroulais, je me brisais, je m'enfonçais dans mon trou et j'entraînais Eric dans ma chute. Pourtant j'essayais, j'vous jure que j'essayais. J'essayais de prendre sur moi, de rester digne. J'essayais d'épargner Eric, d'épargner les autres, de m'épargner moi. Regardez, je le lui avais donné, son baiser. Un doux baiser sur le front. A contrec½ur, certes, mais je le lui avais donné, j'avais fait un effort. J'essayais. Et je m'entraînais de ma merde.

Rester avec lui était la pire connerie que je pouvais faire, et pourtant je le faisais. Je ne savais pas quoi faire d'autre. Je savais que je serais à nouveau seule, sans personne pour me regarder avec ses yeux, et j'avais encore trop mal pour pouvoir le supporter. Blessure trop fraîche, et les yeux qui saignent en silence...

Sans un regard, de peur de me brûler les yeux et le c½ur, je passai la porte et m'enfuyai dans la nuit. Je remarquai tout de suite le livre qui s'était écrasé sur le trottoir. Je l'ignorai mais il continuait à me narguer. Au fond, il avait raison Eric. Il avait trop raison. J'étais une pétasse. Aucun sens moral. Aucune considération. J'en avais toujours été une. Je passais mon temps à critiquer les autres, à les narguer pour combler un manque sans savoir exactement en quoi il consistait. Ce manque qui me rongeait peu à peu, ce manque qui m'avait toujours obsédée, rongée. Je faisais partie de ses personnes blasées, persuadées d'avoir tout vu du monde à 8 ans déjà.


Je me demandais, là, face à ce livre que me ressemblait réellement, mais en partie seulement, je me demandais qu'est-ce que j'avais fait pour en arriver là. Qu'est-ce qui avait bien pu se passer dans ma petite tête pour que je sois encore là, avec cet homme, ce dieu qui n'en était plus un à mes yeux. Au fond, je le savais bien, ce qui m'avait pris. J'avais peur de la solitude, j'avais peur de me retrouver trop seule et de trop penser à lui, jusqu'à m'en pourrir.

Je suis une pétasse. J'étais une garce, mais j'étais pire encore lorsque j'étais plus jeune, une véritable peste. J'avais changée. Je m'étais radoucie, j'avais commencé à avoir des sentiments. A comprendre le sens du mot aimer. A comprendre le sens du mot famille. Partager. Vivre, aussi, même si j'le connaissais déjà, j'avais découvert une nouvelle façon de l'approcher, ce mot. Ce changement, je l'avais accompli en grande partie grâce à deux personnes. Mais il avait débuté quelques mois avant que je ne les rencontre, lorsque j'avais vu pour la première fois ma mère, dans un hôpital psychiatrique.

Je ne l'avais jamais rencontrée auparavant pour la simple et bonne raison que je la croyais morte. Je pourrais vous expliquer pourquoi et comment je m'étais retrouvée là-bas, mais c'est un épisode de ma vie que je préfère éviter. J'étais, en résumé, tombée dans cette horrible et infernale spirale qu'est la drogue. Tout était bon à prendre : crack, héro, Valium,...tout du moment que je pouvais planer, être dans cet état de "bien-être" qui me comblait quelque minutes. Mon père a mis à peu près trois ans à se rendre compte que l'état physique et mental de sa fille se dégradait de jour en jour. Que sa princesse aux cheveux d'or était devenue une trainée. Une pute de luxe, mais une pute quand même. Mon frère, lui, se souciait plus de sa personne que de moi-même. Peu importait, on ne s'aimait pas. Pas dans le sens que je le détestais, mais que nous n'éprouvions aucun sentiment à l'égard de l'autre.

Je crois qu'il est inutile que je vous parle de mes premières semaines dans cet enfer, cela n'en vaut pas la peine. Je vais résumer en disant que j'ai beaucoup souffert. Que cela a pris plus de temps que ce qui était prévu. Et que des larmes, il en a coulé le long de mes joues. Mais que je m'en suis sorti, c'est ça le plus important désormais. Et mes yeux autant que mon c½ur étaient devenus secs. Après trois semaines passées dans l'endroit le plus horrible du monde (selon moi), je fus changée de pavillon. Droguée aux drogues de substitution désormais, j'observais d'un regard morve les écervelées qui partageaient mon couloir.

Parmi mes voisines, il y avait elle. Je l'avais tout de suite remarquée. Cette grande et très mince femme blonde aux yeux bleus m'intriguait. On sentait que son visage ravagé par le temps avait été beau à l'époque. Elle avait ce je ne sais quoi dans le regard hypnotisant, un regard triste ou perdu caché derrière un regard indifférent, dur et froid. Un regard familier, un regard comme le mien, ou du moins celui que je voulais adopter.

Je tentai à plusieurs reprises de lui parler, mais c'était peine perdue car elle ne me répondait pas, ne m'accordait presque pas un regard. Elle passait ses journées assises sur un fauteuil, telle une grande dame, le regard dans le vide de la télévision, fumant cigarette sur cigarette. J'avais beau ne pas la connaître, elle me fascinait, voire m'obsédait. Il fallait que j'en sache plus sur elle, et sur ce qu'elle faisait dans cet hôpital.

C'est Valéria, l'infirmière en chef, qui lâcha le morceau. Elle m'apprit qu'elle s'appelait Anna, qu'elle était d'origine Allemande et qu'elle avait été un grand mannequin et actrice en son temps Sa carrière avait cependant été brisée lorsqu'elle tomba enceinte d'un homme très riche du nom de Charles De Bellefroid.

Charles de Bellefroid. Charles de Bellefroid. Charles de Bellefroid. Je retournais ces noms sans cesse dans ma tête, cherchant une issue, une faille. Non, c'était bel et bien Charles de Bellefroid le salop qui avait brisé cette pauvre femme.

Mon père.

Mon sang se glaça, et je me mis à trembler. Il ne m'avait parlé que très peu de ma mère, mais j'avais déjà eu l'occasion de la voir en photo une ou deux fois. Et elle ressemblait trop fort à la femme dévastée qui fumait sa clope sur le canapé.

Mon père m'avait donc menti ; ma mère n'était pas morte mais elle était folle. C'était une dingue allemande enfermée dans un hôpital psychiatrique. La colère s'empara de moi et j'exigeai de parler à mon père immédiatement. Je ne l'avais jamais considéré en tant que tel, comme un père dans le sens du mot que tout le monde connaît. Il ne s'est jamais vraiment occupé de moi, préférant me confier aux mains de mes multiples nourrices. A vrai dire, ça m'avait toujours été égal, je ne le voyais quasi jamais, et il en avait toujours été ainsi. Ce qui me faisait vraiment de la peine, justement, c'est quand je le croisais. Parce que c'était l'affrontement avec une réalité que je m'efforçais d'oublier : Je n'avais pas de père. Je n'avais pas de vrai père.

« Tu m'as menti ! » M'écriai-je dès qu'il décrocha, ne lui laissant pas le temps de dire quoi que ce soit. « Depuis le début tu m'as menti, tu m'as toujours menti ! Espèce de salaud, de père indigne je te déteste ! Je... »

« Alexia ? » Dit soudain une voix de femme que je connaissais trop bien. « Calmes-toi, Alexia, je te passe ton père. »

Je n'en croyais pas mes oreilles ! Mon géniteur n'avait même pas daigné répondre à un appel de sa propre fille. Non, c'en était trop pour monsieur, il avait besoin de sa poufiasse d'assistante de merde pour répondre aux appels de ses enfants !

« Alexia ! » s'exclama mon père d'une voix mielleuse et faussement joyeuse de m'entendre. Vous vous direz qu'elle avait sûrement dû lui dire que j'étais énervée. Détrompez-vous, il me parlait toujours de cette manière. Hypocritement, quoi. « Tu vas bien ma chérie ? »

« Tu me demandes si ça va ? M'emportai-je à nouveau. Je viens d'apprendre que tu me mens depuis toujours et tu me demandes si je vais bien ? Je te déteste, je te méprise, je t'haïs, je t'abomine, je te méprise, je te vomis, je t'exècre, je te...
- Mais de quoi tu parles, Alexia ? m'interrompit-il. Je ne t'ai jamais menti, ma chérie, je ne comprends pas de quel soi-disant mensonge tu veux parler...
- Vraiment tu ne vois pas ? Dis-je, faussement calme. Laisses-moi t'éclaircir la mémoire : Anna ça ne te dit rien ?
- Oh mon dieu ! » S'exclama-t-il. Je ne dis rien.

« Oh mon dieu ! Répéta-t-il, ne sachant que dire d'autre. Qu'est ce que je peux être con, je l'avais complètement oubliée.. Je vais tout expliquer.
- J'espère bien...
- Je...je...je ne savais pas quoi faire, ma chérie, balbutia-t-il, j'étais complètement perdu. Ta mère était dans un piteux état, tu sais. Elle était mannequin à l'époque. Elle était adulée de tous et elle adorait ça. Elle était très attachée à son physique. On a eu une petite aventure tout les deux, rien de vrai, de sentimental. Ce n'était pas une femme banale. Elle exigeait qu'on ne lui parle que l'Allemand et ne daignait pas apprendre une autre langue. On a passé de bons moments ensembles. Mais elle est tombée enceinte de toi. Elle était contre l'avortement et a donc décidé de te mettre au monde. Mais à ta naissance, ça a dégénéré. Elle était devenue dépressive et a commencé à se détruire. Elle se mutilait, tentait de se suicider. Elle n'allait vraiment pas bien. Alors elle a commencé à se droguer. Au début, tout était beau, elle était bien. Mais son état se dégradait de jour en jour sans qu'on ne s'en aperçoive et je me suis réveillé un jour et j'ai vu un monstre squelettique en face de moi. Bien entendu, plus personne ne voulait d'elle, ce qui attisait sa dépression. Elle était devenue complètement parano, hystérique. Elle faisait même des crises de schizophrénie, ce qui arrive quelque fois chez les grands drogués. Elle était complètement détruite et il ne me restait qu'une chose à faire : la faire interner. Je ne l'ai plus revu depuis. Je ne t'ai pas menti, Alexia, ta mère est bel et bien morte. Mais pas physiquement, elle n'était plus qu'un corps, une loque, elle peinait à voir. Je ne voulais pas t'imposer une personne pareille comme mère. »

J'étais sous le choc après ce qu'il venait de me dire. Je m'en doutais un peu de ce qui lui était arrivé après l'avoir vue, le visage ne pouvait être ravagé que par cette merde. Puis il avait raison, ce n'était pas un air hautain qu'elle affichait, elle était juste morte. Morte à l'intérieur. Elle n'était juste plus rien, un corps qui ne bougeait que pour recevoir sa dose de quotidienne de médicament comme elle le faisait auparavant pour sa drogue.

« Je suis désolé, dit mon père, mais je ne regrette pas de ne rien t'avoir dit avant. Tu me pardonnes ?
- Je n'sais pas. Quand est-ce que je rentre ?
- Le plus vite possible, je te le promets.
- Non, je veux rentrer maintenant.
- Tu sais bien que c'est n'est pas à moi de décider quand tu peux partir.
- Bien sûre que si, tu le peux. Je veux rentrer chez moi. Je vais faire mes bagages. » C'est ainsi que je quittai l'hôpital. Georges était venu me chercher le soir même. Je pouvais enfin sortir de ce trou, et me reconstruire une nouvelle vie. Recommencer à zéro, puis oublier. Oublier que j'avais passé des mois dans...dans cet état. Oublier que je venais de laisser ma mère dans cet hôpital, sans même lui avoir adressé la parole, ni même lui avoir dit au revoir. Aussi bizarre que cela puisse paraître, j'étais contente de le revoir, de revoir enfin un visage connu, qui plus est, un visage qui ne m'avait encore jamais blessée.

Songeuse, j'observai cet homme qui était à mon service depuis plus de dix ans mais que je ne connaissais pas. Tout ce que je savais de lui, c'est qu'il s'appelait Georges et qu'il venait de Roumanie. Je tentai à plusieurs reprises de converser avec lui en lui posant quelques questions sur sa famille, mais j'abandonnai vite, me sentant fausse à son égard car sa vie m'importait peu. Tout ce qui m'intéressait en lui, c'était son talent de conducteur. Je ne comprenais pas ce qui m'arrivait. Depuis mon départ de l'hôpital, je n'arrêtais pas de me poser des questions et je commençais à me soucier de personnes à qui je n'aurais jamais daigné adresser un regard auparavant. Peut-être était-ce ma rencontre avec ma mère qui m'avait tant bouleversée? Tout ce que je savais, c'était que désormais, je culpabilisais vis-à-vis de mon attitude je-m'en-foutiste d'antan.

Ne croyez pas que cette histoire vire manichéenne, et qu'après cette constatation, j'allais changer de suite et devenir une vraie princesse de bonté et d'amour. Non, j'étais loin d'être prête, et cette façon d'être me convenait trop bien pour que je l'abandonne en un clin d'½il.

Je laissai le soin au personnel de ranger mes affaires dans ma chambre et me dirigeai tout de suite vers le boxe de Ronaldo, mon cheval bien-aimé. Ah, ce qu'il m'avait manqué ! Dès le premier regard, j'avais eus le coup de foudre pour ce magnifique étalon. J'adorais son caractère détestable et m'étais donné pour défi de le dompter. Défi que j'avais à moitié réussi vu qu'il n'acceptait que ma présence et celle de son palefrenier attitré. En effet, il ne supportait pas les intrus et ne les acceptait pas dans son entourage, préférant de lui les chotter, ou mordre. Mais malgré tout, je l'adorais et l'emmenais avec moi le plus souvent possible lorsque je partais en voyage.

Je passai donc la soirée en sa compagnie, ce qui me fit le plus grand bien. Ronaldo pouvait être indomptable comme câlin. Ce jour-là, percevant que quelque chose n'allait pas, il se montra particulièrement affectueux, se laissant brosser et chouchouter presque sans broncher. Je le montai également durant une heure sur la piste pour lui dégourdir les pattes avant de le rentrer. Dingue le sentiment d'apaisement qu'il parvenait à me procurer simplement en étant lui-même, là, se tenant près de moi. Me transportant de son pas bien caractéristique là où je voulais aller, bravant courageusement chaque obstacle qui se présentait à lui.
# Posté le mercredi 08 novembre 2006 10:46
Modifié le dimanche 13 juillet 2008 15:44

Deuxième partie.

Les jours qui suivirent, mon père fit plusieurs tentatives d'approche, mais je le rabrouais systématiquement. Je ne tenais pas particulièrement à faire ami-ami avec un homme qui ne méritait pas ma confiance. Il se mit alors en tête de me faire rencontrer ma mère, que je fasse sa connaissance. Et donc, par conséquent, que j'apprenne l'Allemand. Ca m'avait fait rire quand il m'avait faire part de son idée, par le biais de mon « assistante » bien entendu, je refusais toujours de lui parler. Mais j'avais fini par accepter. Pourquoi pas, après tout ? Ca me permettrait d'en savoir plus sur ma famille, sur mes origines. Je ne sais pas pourquoi mon père tenait absolument à ce que je lui parle, alors qu'il savait qu'il y avait peu de chances pour qu'elle accepte toute communication, et je le savais très bien également.

Je débutai mes cours d'Allemand dès le lendemain. Mon professeur était un vieux - un petit lifting ne lui aurait pas fait de mal - monsieur âgé d'une cinquantaine d'années, les cheveux grisonnants et le regard pétillant. C'était un petit bonhomme à l'allure très sympathique mais très exigeant. Nous mîmes plus ou moins un mois pour apprendre toute la grammaire et le vocabulaire et, à mon plus grand étonnement, j'eus plus de mal à assimiler toute cette matière que je ne l'avais imaginé. Je maitrisais cependant assez bien la langue, et réussissait à parler presque sans faute. Mon accent, par contre, laissait à désirer.

En attendant, je continuais ma vie où je l'avais laissée, sans la drogue, c'est-à-dire cours particuliers l'après-midi (j'étais bien obligée vu que j'étais encore mineure. Je prenais cependant les cours à la maison pour ne pas avoir à supporter le collège ou autre. Rien que l'idée d'aller à l'école m'insupportait, comme si elle était synonyme de prison. Elle l'était, à mes yeux.), Une heure d'Allemand tous les soirs en plus, puis sortir. L'avantage de ce mode de vie, c'est que je pouvais voyager autant que je voulais, aller de ville en ville sans me soucier de quoique ce soit, les professeurs me suivaient de toutes façons.

Ma mère avait été transférée en Allemagne, à Munich, pour être plus précise. Pour plus de facilité, parait-il. Papa devait se dire qu'en la mettant dans son pays d'origine, elle se sentirait mieux et que l'endroit serait plus propice pour qu'on se parle. Qu'elle se sentirait chez elle, surtout. Je crois que cette histoire le perturbait plus que ce qu'il ne le laissait entendre...

J'étais à Paris quand il fut temps de partir en Allemagne. Je n'en avais pas envie, je n'étais pas encore prête à parler à cette Anna. Je devais retrouver mon frère, Sébastian et un de ses amis, David quelque chose pour s'organiser pour le voyage. En effet, il tenait à m'accompagner, même s'il n'avait aucun lien de parenté avec ma mère, pour soi-disant me soutenir. Et justement, son David était Allemand, on ferait donc le voyage ensemble.

J'étais attendue dans une des loges du Bataclan, le groupe de rock dont David était le manager donnant un concert le soir même. Je n'avais jamais entendu parler d'eux, ni même de leur musique, et à vrai dire, je m'en foutais complètement. Je ne les avais encore moins vus, mais j'étais bien obligée d'aller là-bas vu que le départ était prévu pour le lendemain matin. J'entrai dans la pièce déjà énervée de devoir partir dans ce pays qui m'était quasi inconnu, et que je jugeais déjà d'inintéressant. Il n'y avait strictement rien à faire en Allemagne, c'était moche, banale, et leur langue était laide à en mourir.

Mon frère était confortablement installé dans un fauteuil et parlait avec une jeune fille bizarre au look gothique. David, lui, discutait avec un p'tit jeune aux dreads et au look rappeur, et deux autres qui avaient l'air un peu plus normal. Ignorant tout le monde, je me dirigeai tout de suite vers le buffet et piquai un Kinder Bueno. La fille me regardait bizarrement. Je lui lançai un regard hautain, accompagné d'un joli sourire. Si elle croyait m'impressionner !

Mon frère leva enfin les yeux vers moi et me demanda en Allemand comment j'allais.

« Bien. »Répondis-je froidement dans ma langue maternelle, c'est-à-dire l'Anglais.

« Tu reconnais David ? » me demanda-t-il gentiment, toujours en Allemand, comme si de rien n'était.
- Ma mémoire ne me fait pas encore défaut. »
J'allai lui faire la bise comme de convenance puis, ayant fini avec mon biscuit, allai piquai une pomme bien verte que je croquai à pleine dent. Délicieuse.

« Parle en Allemand s'il te plaît, insista mon frère, il faut que tu t'entraînes.
- Parler en Allemand ?m'énervai-je soudain, en Allemand, comme il me l'avait demandé. Tu veux que je parle en Allemand ? Tiens, ça l'fait, de s'énerver en Allemand. C'est tellement laid, tellement moche que ça va bien de crier en Allemand. Je déteste cette langue, je déteste ce pays, je...
- Tu n'y as jamais été, Alex, comment tu peux savoir ? » Dit-il calmement, après avoir jeté un regard aux autres qui voulait dire « laissez, il faut la laisser s'énerver et elle se calmera toute seule. »

« Rien qu'entendre leur langue, on devine tout d'suite.
- Il m'semble que tu portes beaucoup de conclusions hâtives...Pourquoi tu t'énerves comme ça, d'ailleurs, tu semblais tellement ravie à l'idée de rencontrer enfin ta mère, y'a même pas une semaine ?!
- Ma mère ? T'appelles ça une mère ? Tu t'rends compte que t'es plus ma mère que cette femme ? David est plus ma mère qu'elle, j'la connais pas, j'veux pas la connaître.
- Mais qu'est-ce qui te prends, merde ?
- Puis j'ai aucune envie d'voyager avec ces...gens...Dis-je d'un air dégoûté en désignant de la tête les quatre petits jeunes qui s'étaient rassemblés dans un coin de la pièce.
- Ces gens ? Là, tu deviens offensante. Tu n'les connais même pas, c'est un très bon groupe de rock.
- Un bon groupe de rock ? Dis-je en riant d'un air ironique. Une fille qui s'habille comme un gars et qui a un style de faux gothique rebelle, un semblant de rappeur avec des dreads et...
- Mais qu'est-ce que t'as merde ? » S'énerva à son tour mon frère.

Oui, qu'est-ce que j'avais ? C'était pourtant simple. Je n'étais tout simplement pas guérie. J'étais en manque. En manque de cette merde, et la seule solution que j'avais trouvée pour me sentir mieux, c'était de m'en prendre au premier venu. Je fouillai dans mon sac à la recherche de mes pilules, de la drogue de substitution, comme je l'avais fait tout à l'heure dans la voiture mais en vain, avant de tout foutre par terre. De la sueur froide coulait le long de mon dos, et ma tête commençait à tourner. Pourtant, j'allais mieux. J'étais censée allé mieux. Non, je croyais juste aller mieux. Et j'm'étais fourrée le doigt dans le nez, en pensant ce matin que je pourrai me passer de ces p'tites pilules aujourd'hui. J'en avais encore grandement besoin, même si je n'osais pas me l'avouée.

Sébastian commençait à s'inquiéter sérieusement pour moi. Je finis par prendre mon portable et appelai en urgence Diana, mon assistance, pour qu'elle m'apporte ce dont j'avais besoin, sans prononcer le nom de ces pilules. Je ne supportais pas, je ne supportais plus l'idée d'être accro à quelque chose, ça me rendait folle rien qu'à l'idée de cette pensée. Je tournais en rond dans la pièce en attendant la venue de ma sauveuse, débitant à Sébastian et David le programme du lendemain. Quand on partait, où, comment. Il m'écoutait attentivement, l'air inquiet de me voir dans cet état.

« Vous inquiétez pas, ça va aller.» dis-je le plus normalement possible pour les rassurer.

Mais ils n'étaient pas de cet avis. Les Ths ne savaient plus où se mettre mais je m'en foutais royalement d'eux. Mon frère, ne supportant plus de me voir dans cet état me prit soudain dans ces bras.

« J'suis désolé, j'suis pas à la hauteur pour toi...J'aimerais tellement t'aider, tu sais, te sortir de cette merde... Dit-il.
- Désolée de n'être qu'une sale peste...
- Oh, j'suis habitué, maintenant. »

Il réussit à m'arracher un p'tit rire. Une rire nerveux, certes, mais c'était déjà ça. Diana arriva justement à ce moment là, me tendant un paquet fraîchement acheté. Je le pris d'une main tremblante, me servit un verre d'eau et quittai la loge, trop honteuse pour avaler ce « médicament » devant mon frère et David. Sans le vouloir, je venais d'atterrir dans la salle de concert vide. Seuls quelques techniciens étaient en train de préparer la scène pour le concert de ce soir et pour la répétition qui aurait bientôt lieu. Je ne fis pas attention à eux, avalai la pilule et m'allongeai sur le sol pour mieux ressentir ce calme artificiel qui s'emparait de moi.

On ne me dit rien à propos de ma présence qui les gênait très certainement. Personne ne me disait jamais rien, ne m'interdisait jamais quoique ce soit, parce que c'était comme ça. Parce que j'étais assez riche pour me permettre tout ce que je voulais, comme m'allonger là, au milieu de cette salle de concert vide, alors que des milliers de filles auraient donné leur vie pour être à ma place. Moi, il suffisait de m'afficher à la porte pour voir mes désirs exaucés. Il m'avait suffit d'entrer dans la salle pour pouvoir assister à leur répétition, même si ça n'avait pas été mon intention.

Ils étaient entrés sur scène, sans me dire un mot, chacun accordant son instrument, la fille s'échauffant la voix. Je ne les voyais pas, toujours couchée par terre et les yeux fermés, mais je pouvais les entendais. Ils murmuraient pour que je ne puisse pas surprendre leur conversation, mais je n'essayais pas, ce qu'ils se disaient m'importait peu. Tout ce qui comptait à ce moment, c'était cette pilule qui se diluait lentement dans mon sang, mes muscles qui se détendaient lentement, et cette sensation de bien-être qui se répandait à son rythme dans mon corps.

David leur lança soudain un ordre et ils commencèrent à jouer. Une musique douce et en même temps forte, une musique qui m'avait emportée dès les premières notes. Lentement je me levai, m'appuyant sur mes deux coudes, et les regardai jouer. D'abord le bassiste, banal, sans intérêt, puis cet espèce de rappeur qui se révélait être le guitariste, aussi bizarre que cela puisse paraître. Mes yeux s'attardèrent longtemps sur ses doigts qui s'amusaient avec les cordes, ses doigts magiques. Ils glissèrent ensuite vers l'élément le plus flagrant du groupe, celui qu'on voyait le mieux : La fille. Elle avait une belle voix, posée, une voix presque magique. C'est le seul mot qui me vient à l'esprit pour décrire sa voix. Elle me regardait fixement, droit dans les yeux, un sourire aux lèvres. Normal, elle avait deviné que j'appréciais leur musique malgré mes reproches de tout à l'heure. Sourire de fierté.

Je ne pus détacher mes yeux d'elle, honteuse de ce sentiment qui commençait à naître en moi. Elle ne me laissait pas indifférente, et mon c½ur battait à tout rompre dès que ses yeux se posaient sur les miens. Etais-je en train de tomber amoureuse d'une fille ? Impossible, c'était juste la drogue de substitution qui me faisait cet effet-là, en plus de leur musique. Rien de plus. Elle se mit à me regarder de haut en bas, scrutant la moindre parcelle de mon corps, comme émerveillée. Merde, pourquoi je rougissais sous son regard ? Ce sentiment commençait à me faire peur, et j'étais sur le point de quitter la salle. Mais d'un autre côté, je ne voulais pas briser ce lien magique qui venait de se créer entre elle et moi. Non, je me faisais des films, je devenais folle. Etait-ce bien le bon médicament que m'avait donné Diana. Je vérifiai. Oui, c'était bien lui. Oh bordel, qu'est-ce qui m'arrivait ? Je me levai brusquement, fuyant le regard de la fille, qui était vachement belle en plus, rassemblai en vitesse mes affaires et lançai un rapide à demain à Sébastian.

Nous nous retrouvâmes donc tous le lendemain à l'aéroport de Paris, un aéroport privé vu que nous voyagions dans notre propre avion. Celui à moi et Sébastian. Nous en avions reçu un assez récemment, mon père tenait en effet entre autre une compagnie aérienne. Je n'adressai pas la parole aux Tokio Hotel, presque pas à David et Sébastian, préférant rester de mon côté. De plus, mon frère avait tenu à ce que cette poufiasse de Kate qui lui faisait office de petite amie nous accompagne. J'aimerais pouvoir vous la décrire mais cette fille était tellement Kate que ça m'en brûle les doigts. Disons, en - très - résumé que c'était une garce qui sortait avec mon frère uniquement parce qu'il était beau, et friqué. Lui ne sortait avec elle que depuis deux trois jours et la considérait bien entendu comme une "copine de baise" mais le voir avec cette fille m'horrifiait. Me donnait des frissons. La chaire de poule. Une forte envie de..de..Il faut que j'arrête de penser à elle..

Après avoir atterri sur le sol allemand, nous prîmes un taxi en direction de notre hôtel séparément du groupe. Le voyage n'avait heureusement pas été long et je n'avais pas eu à supporter leur présence, en particulier celle de la chanteuse que je préférais éviter. J'étais impatiente d'arriver car je ne supportais plus les gémissements incessants d'une certaine poupée Barbie dont je ne citerai pas le nom...Je découvrais peu à peu ce nouveau pays. La ville n'était pas si différente qu'une ville européenne type.

A mon plus grand bonheur, mon frère et sa pétasse filèrent vite s'enfermer dans leur chambre et je pus enfin respirer. Nous avions réservé deux petites suites dans un Sheraton. Je pris les clés et montai tranquillement dans ma chambre tandis que deux valets s'occupaient de mes valises. La suite que l'on m'avait réservée était magnifique et la vue qu'on avait sur la ville vous aurait paru époustouflante. Moi je la trouvais juste normale. Et la pièce n'était pas si luxueuse que ça, si on regardait bien, elle était même banale.

Le soir même, une soirée avait été prévue pour fêter la fin de la pseudo-tournée en France du groupe. David avait insisté pour que j'y assiste pour me présenter au groupe, ce qui n'avait pas été fait la veille. N'ayant rien d'autre à faire, je finis par accepter, pas très joyeuse à la perspective de passer la soirée en compagnie de tous ces Allemands, puis surtout de devoir parler à cette fille qui avait provoqué en moi tous ces sentiments étranges hier. Je me dis finalement pour me rassurer que je n'aurais pas à passer la soirée en sa compagnie, et qu'il me suffirait simplement de l'éviter.

Je me préparai donc avant d'aller à l'endroit qu'il m'avait indiqué. Il vint en personne m'ouvrir, me présenta à plusieurs personne et m'offrit à boire. Il insistait pour du jus de pomme, mais je refusai net. Boire du jus de pomme un soir de fête ! Surtout entourée de tout ces gens, j'avais bien besoin d'alcool...Pas de signe de la fille. Je commençais à déstressé, je n'aurais donc pas à subir les sentiments de la veille. Il finit par m'amener vers le rappeur, qui n'était pas mal dans son genre. Pas très grand, vêtu de vêtements amples et d'une casquette, des jolies dreads blondes attachées en une espèce de queue de cheval. Il avait un piercing sur le côté de sa lèvre parfaite, super sexy. Puis il avait surtout des yeux immensément doux, ce que je pus m'empêcher de remarquer. Des yeux bruns chocolat, ornés de longs cils noirs. Des yeux parfaits, un nom parfait, un sourire parfait. Un rire à croquer. Je sentais que j'allais bien m'entendre avec lui...

Nous nous mîmes à discutailler, David nous ayant laissés « entre jeunes » et je devais admettre qu'il me plaisait beaucoup. Il avait de la conversation et de l'humour. Nous étions en train de parler de nos goûts musicaux (sujet banal mais indispensable) lorsque la fille s'approcha de nous. Mon c½ur se mit à battre à tout rompre à sa vie, et je masquai tant bien que mal ma gêne de la voir arriver. Heureusement des deux ne semblait remarquer que mon c½ur venait de s'emballer, et que je sentais ma tête tourner dangereusement. Elle ressemblait étrangement à Tom, ce devait être son frère. Tom prit la parole lorsqu'elle arriva à notre hauteur :

« Bill, je te présente Alexia. La fille d'hier. »

Le dénommé Bill se tourna vers moi, m'adressa un léger sourire sans conviction avant de se tourner vers Tom en disant :

« J'en ai marre, je rentre. Tu viens ? »

Puis il partit sans un mot. Etrange, ce Bill. Attendez, j'ai dit Bill ?! Mais c'est un nom de gars ?! Y'avait un truc qui clochait, là...

« Bill, mon frère jumeaux, dit Tom, m'interrompant dans mon débat intérieur sur la sexualité du Bill'ou. J'y vais aussi, tu peux venir si tu veux. On s'fait chier ici. Chambre 201 ! »

Il me fit un rapide baiser sur la joue. Au contact de ses lèvres sur ma peau, je sentis un léger frissonnement me parcourir le corps. Non, je n'étais pas attirée par lui (quoique...) mais il avait un piercing dans la lèvre alors qui dit piercing dit froid alors bon...

J'attendis quelques temps et finit par le rejoindre, m'ennuyant fermement. Je mis 10 minutes à trouver la chambre (Non, non, je ne m'étais pas perdue... mais il pourrait au moins avoir l'obligeance de distribuer des plans de l'hôtel...) mais c'est Bill qui vint m'ouvrir. Il me dévisagea une fois de plus mais de haut en bas cette fois puis s'effaça pour me lancer entrer en disant :

« Tom m'a dit que tu viendrais. Là il prend sa douche, fait comme chez toi. »

Sur ce, il me laissa en plan dans ce qui devait être le salon. Il y avait un canapé, un frigo, une espèce de table munie de tabouret, une télé, et un baby-foot. Pas besoin de se parler pour comprendre quel serait le programme de la soirée...

« Mais arrêtes de tricher ! s'exclama soudain un Tom exaspéré.
- Mais j'triche pas, qu'est ce que tu racontes !
- Si, à chaque fois que tu remets la balle en jeu, de la lance de ton côté.
- N'importe quoi ! » Conclus-je sur un air qui se voulait innocent. Bien sûre que je trichais, qu'est-ce qu'il croyait ? Que j'allais me laisser battre par lui ? Jamais !

Je repris donc la balle et voulut la remettre en jeu mais Tom tenta de l'attraper. Je ne me laissai évidemment pas faire. Il contourna donc la table de babyfoot pour pourvoir me piquer la balle plus facilement, ce qui déclencha une bataille effrénée. Je me défendais à coups de morsures, de bras, de coudes et même de genoux mais il persistait, n'osant tout de même pas me frapper également. J'allai gagner si Bill n'était pas entré dans la pièce à cet instant en disant :

« Pfff ! Qu'est ce que vous pouvez être puérils ! »

Tom profita de ma seconde d'inattention pour me plaquer sur le canapé qui se trouvait juste derrière moi et allait s'emparait de la pauvre petite balle mais je repris mes esprits et le mordis de plus belle partout où je le pouvais. N'osant toujours pas me faire du mal, il se mit à me chatouiller. Etant très sensible, je réagis au quart de tour et partit dans un grand fou rire. J'étais bien incapable désormais de lui résister et récupéra sa balle tant désirée. Je lui tirai la langue mais il pencha vers moi et me donna un petit baiser sur la joue pour me narguer, puis il se dirigea vers le coin cuisine où se trouvait Bill.

« Tu veux une bière ? Me demanda-t-il depuis leur minuscule cuisine.
- Quoi, tu veux me saouler maintenant ?
- L'idée ne m'a même pas traversé l'esprit... dit-il en riant.
- Non je pense que je vais y aller, répondis-je.
- Déjà ? Bon alors on se voit demain, je te ferai visiter Munich si tu veux..
- Tom, tu m'avais promis qu'on irait chez Andréas ! dit soudain Bill. On va pas n'pas le voir parce que t'as envie d'te faire une poufiasse ?
- Je te demande pardon ? M'exclamai-je, choquée de ce qu'il venait de dire sans même faire attention à moi, comme si je n'avais pas été présente. Il m'ignorait totalement, rien à voir avec le Bill qui avait chanté "pour moi" lors de la répétition.
- Putain Bill qu'est ce que tu peux être chiant quand tu t'y mets ! J'te permets pas de traiter alex comme ça... Et puis on n'a qu'à aller a quatre au parc. Je suis sûre qu'Andréas serait d'accord.
- Ouais c'est ça...dit-il d'un ton énervé avant de retourner dans sa chambre en prenant bien soin de claquer la porte derrière lui. Il ne m'avait même pas regardée, juste un regard froid quand il nous avait vus sur le canapé moi et Tom.
- Je suis vraiment désolé, me dit Tom d'un ton vraiment désolé, trop mignon, je sais pas c'qu'il a en ce moment...
- J'crois pas que ce soit une bonne idée que j'vienne demain...
- Bien sûre que si... On ne va pas s'empêcher d'se voir à cause des caprices de mon frère, et je ne dis pas ça parce que j'ai envie de coucher avec toi ou quoique ce soit... Quoique, ça ne me déplairait pas, ajouta-t-il avec un sourire charmeur, en coin.
- Ok ok, dis-je en riant, alors 13heure, au bar ?
- Parfait ! A demain, et sois pas en retard !
- Promis ! » Lançai-je avant de sortir de leur chambre.

Je retournai donc dans ma chambre et me mis en pyjama. Installée confortablement dans mon lit, je repensai à la soirée que je venais de passer. Je connaissais à peine Tom, et déjà une sorte de complicité s'était installée entre nous, ce n'était pas comme avec les autres gars, lui, j'avais vraiment envie de le connaître. Et puis je repensai à l'attitude de Bill, me demandant pourquoi il était aussi antipathique.

Je me réveillai le lendemain vers 10heure et pris mon petit déjeuner dans mon lit. Je me préparai puis lu un livre. J'ai toujours aimé lire, cela me permet de quitter la réalité et d'entrer dans un autre monde, de m'échapper de ce monde qui ne me plaisait pas.

Je descendis à 13h et trouvai les jumeaux en train de m'attendre, accoudés au bar. Je les rejoignis donc. Tom me fit un beau-grand sourire lorsqu'il me vit, tandis que Bill me saluait poliment. C'était déjà ça, au moins il faisait des efforts pour paraître sympathique à mon égard.

Comme je n'avais pas encore mangé, faute de temps, je proposai d'aller se chercher de quoi manger dans un snack. Bill ne put évité une de ses remarques très pertinentes :

« Dans un snack ? C'pas un peu trop crade pour toi ? Tu crois que tu supporterais de manger ailleurs que dans un restaurant ?
- Je meurs d'envie d'un bon kebab, dis-je en ignorant sa remarque. Genre, je mange que dans des restaurants...S'il savait ! »

Nous nous mîmes donc en route. Pour ne pas nous faire remarquer des fans hystériques, nous dûmes envoyer le chauffeur me chercher ma mitraillette – que je partageai gentiment avec Tom-tom – et nous partîmes ensuite chercher Andréas. Tom m'expliqua qu'il était leur meilleur ami depuis le bac à sable, et qu'il était le seul à être resté depuis qu'ils étaient célèbres.

Il fut finalement décidé que Bill et Andréas resterait ensemble tandis que Tom passerait la journée avec moi, ce qui ne convainc bien, je n'aurais pas su supporter les ronchonnements incessants de la rockstar. Qu'est-ce qu'il pouvait se prendre de haut ! Ca m'énervait au plus haut point. Surtout que je n'étais toujours pas insensible à ses charmes. Quelques peu refroidie de par son comportement, mais je gardais tout de même en moi l'image de Bill chantant en me regardant droit dans les yeux, de sa voix douce qui avait réussi à m'apaiser. Bien sûre, je n'en laissai rien paraître et affichai un sourire satisfait lorsque nous nous séparâmes. J'étais enfin libérée de ses sarcasmes blessants...

Tom était trop chouette. Y'avait pas d'autre mots pour le décrire, il était juste chouette. Toujours prêt à rire, à faire des trucs débiles mais marrants. Il m'avait d'abord amenée dans un centre commercial soi-disant pour me faire découvrir la vraie vie du peuple. Au programme : Prendre le plus de bonnes choses possibles. Biscuit, chips, boissons, gâteaux, tout y était passé. Puis des trucs tout cons, genre courses de caddies, ou paris débiles lancés, mais je m'étais franchement amusée. Ca fait du bien, un peu d'naïveté, parfois...Dans un élan de bonté, je lui offris le tout et on alla se réfugier dans un vieux parc paumé pour déguster nos commissions.

Nous étions toujours dans le parc quand la nuit tomba. A moi de choisir notre prochaine destination : Les quartiers de riche. Grâce à un petit chemin trouvé au hasard, nous réussîmes à accéder dans le jardin d'une maison dotée d'une immense piscine bleutée. Toutes les lumières étaient éteintes, nous encourageant à plonger dans l'eau bien chaude de leur belle piscine. Sous l'air d'abord ébahi puis satisfait de Tom, je me déshabillai jusqu'à être en sous-vêtements avant de me glisser dans l'haut. Il ne tarda pas à me rejoindre, reprenant ses gamineries qui me faisaient systématiquement rire. Je sentais que l'Allemagne allait finalement me plaire...Nous entendîmes soudain une voiture se garer dans l'allée devant la maison. Nous sortîmes alors le plus rapidement possible de l'eau, tentant tant bien que mal d'étouffer un fou rire que nous laissâmes éclater au beau milieu du jardin du voisin, toujours en sous-vêtements. Je sentis tout de suite le regard de Tom parcourir discrètement mon corps. Cela ne me dérangeait pas le moins du monde, surtout que la lumière était très faible à cet endroit. Par contre, cela semblait choquer un certain vieillard dégoûtant qui nous regardait par la fenêtre depuis deux bonnes minutes. Je repartis dans un fou rire, bientôt suivie par Tom qui remarqua presque en même temps que moi le « voyeur ». Je pris alors des poses sexy pour le provoquer, sous l'½il approbateur de mon nouvel ami, puis m'habillai en vitesse et sortis de ce jardin.

Nous prîmes alors le taxi pour rentrer à l'hôtel, tous les deux contents de cette après-midi passée ensemble. Notre bonne humeur, ou du moins celle de Tom, fut bientôt refroidie par Bill qui attendait énervé son frère dans le hall. Il lui passa un savon, même si Tom le regardait d'un air amusé. Je lui lançai un rapide à demain suivi d'un sourire charmeur avant de monter dans ma chambre, les vêtements et les cheveux encore trempés de notre baignade.

Nous nous revîmes le lendemain, tout naturellement, comme si ça avait été clairement prévu, ce qui n'était pourtant pas le cas. Cette fois, Bill et Andréas avait accepté de rester avec nous. Nous passâmes une journée démentielle! Je ne m'étais jamais autant amusée depuis...pfiou je sais même plus ! J'avais appris à bien connaître Tom ce jour-là. On pouvait parler sérieusement comme se prendre des délires à la rien à voir. On s'amusait d'un rien et l'endroit où ils m'avaient amenée était génial ! C'était une plaine perdue au milieu de la campagne et en hauteur qui donnait sur la ville. Il y avait un petit lac à proximité.

Lorsque nous nous approchâmes de ce point d'eau, Andréas murmura quelque chose à l'oreille de Bill et Tom et, vous l'aurez compris, Tom et Andréas essayèrent de me jeter à l'eau. J'eus beau me défendre comme je pouvais, ils étaient plus forts que moi alors, en dernier recours, je m'accrochai à Tom qui finit par tomber à l'eau avec moi. L'eau était dégueulasse. Il y avait plein de truc inqualifiables qui flottaient par ci par là. Soudain, j'entendis Bill et Andréas se prendre un fou rire. Je regardai Tom et remarquai qu'il avait une sorte d'algue qui s'était accroché à ses dreads, tel un chapeau et j'ai failli me noyer tellement je riais.

Je remontai au bord de l'eau, grelottant de froid (parce qu'en plus d'être dégueulassement salle, l'eau était glaciale). Et là, il s'est passé un truc incroyable ! Bill a enlevé sa veste, puis son tee-shirt et m'a donné ce dernier. J'étais si abasourdie que je restai plantée là, sans bouger.

« Prends le vite avec que je ne change d'avis ! dit Bill qui commençait à s'impatienter.
- Et moi, je n'ai pas le droit à un tee-shirt ? » Demanda Tom qui grelottait de froid d'un ton suppliant, accompagné d'un joli regard de chien battu.

Bill et Andréas se regardèrent un instant puis dirent en même temps : « NON ! ». Je pris le tee-shirt que me tendait Bill en le remerciant, me mis un peu à l'écart pour me changer et leur tourna le dos. I'y avait évidemment pas d'arbres aux alentours, c'était bien ma veine. J'ôtai d'abord mon pull, mon débardeur et mon soutif, attendu un peu pour que je puisse sécher. Je sentais le regard des garçons sur moi, ce qui me gênait étonnement. Auparavant, j'adorais qu'on me regarde, justement, je cherchais le regard des hommes, mais là, c'était différent...J'enfilai donc vite le tee-shirt. Il était assez grand et m'arrivait aux mi cuisses plus ou moins. Je décidai donc d'enlever mon froc, mes convers et mes chaussettes. Lorsque je me retournai, les gars firent mines de regarder ailleurs.

Andréas finit par donner un de ses tee-shirts à Tom, ayant pitié de le voir grelotter. Il enleva également son froc et se trouva un caleçon –tee shirt. Ca faisait bizarre de le voir habillé aussi « sexy » alors qu'il s'habillait d'ordinaire avec des vêtements amples. Nous restâmes encore quelques instants sur ce qu'ils appelaient « la colline » jusqu'au coucher de soleil. C'était vraiment beau.

Nous finîmes par rentrer. Je me retrouvai assises dans la voiture entre Bill et Tom. Le tee shirt de Bill me remontait sans crier gare sur ma cuisse et je sentais le regard du Bill observant mais jambes. J'étais flattée mais surtout gênée. Je tentai tant bien que mal de couvrir mes jambes mais sans succès. Je ne comprenais pas ce qui m'arrivait. De la fille dévergondée et sûre d'elle j'étais passée à la timide et maladroite, je ne me reconnaissais plus...

Lorsque nous sortîmes de la voiture, je croisai le regard du Bill un instant. Je sentis pour la première le feu me monter aux joues : je venais de rougir. Je détournai rapidement le regard et rejoignis Tom à l'intérieur de l'hôtel, bien au chaud...

Nous montâmes tous les quatre dans la chambre de Bill et Tom. Andréas restait pour la nuit. C'était un gars simple, plutôt timide et vraiment sympa. Nous commandâmes des pizzas en guise de dîner et burent vodka Redbull sur Vodka Redbull pour toute boisson. Je me « disputai » une fois de plus avec Tom pour obtenir la dernière part de pizza mais Bill finit par trancher et s'en empara. Ni une, ni deux, Tom et moi on lui sauta dessus pour la récupérer mais il l'engloutit en une bouchée. Mon premier fou rire avec ce cher Bill. Dû à l'alcool sûrement.

Je remarquai soudain que j'empestais la vase ou je ne sais quoi car je ne m'étais pas encore lavée et que je n'étais vêtue uniquement de ma culotte qu'ils avaient dû voir une bonne dizaine de fois et du tee shirt de Bill, qui sentait vachement bon, surtout en comparaison avec mon odeur à moi. Je proposai alors un bain de minuit pour nous rafraîchir.

« Sans moi ! dit Bill.
- Allez Bill, ce serait cool !
- Ouais mais j'ai pas de maillot, moi, Dit un Andréas gêné.
- On s'en fout, vous venez tous en calbar ! De toute façon il fera noir donc on verra rien... »

On finit par convaincre Bill de nous accompagner. Il était assez réticent au début mais on l'a fait boire et il a finit par accepter. Je sais, c'est malsain mais on n'avait pas vraiment le choix : on pouvait pas le laisser se morfondre tout seul dans la chambre...On emporta la bouteille de Vodka avec. J'allai vite chercher un débardeur dans ma chambre, pris le premier que j'avais sous la main et partit en l'enfilant. Pas de chance, c'était un blanc. Mais je me rassurai en me disant qu'on ne verrait rien et que j'avais peu de chance de rencontrer qui que ce soit dans le couloir à cette heure-ci. Je retrouvai les garçons déjà dans l'eau et me joignis vite à eux.

Bill et Tom essayèrent à plusieurs reprises de ma couler dans l'eau mais sans succès car je finissait toujours par leur donner un coup involontaire sur l'endroit sensible. Après avoir joué pendant une heure comme des gamins, on alla prendre un jacuzzi. Bill me demanda soudain :

« Est-ce que tu crois en l'amitié fille-garçon ?
- Bien sûre ! C'est un peu ce que j'ai avec Tom, non ?
- Oui mais il y a toujours une certaine ambiguïté, tu vois... Tu peux jamais vraiment savoir si c'est de l'amitié pure ou s'il n'y a pas une certaine attirance qui se cache là-dessous...
- Je vois ce que tu veux dire...Alors disons que pour être sûr de soi, on devrait toujours coucher au moins une fois avec son ami et comme ça on est fixé...
- Ca veut dire quoi, au juste ? Que tu serais capable de coucher avec Tom juste pour le savoir ?
- Bill, je serais capable de coucher avec n'importe qui du moment qu'il soit attirant...
- Moi qui commençait à t'apprécier, marmonna-t-il, soudain renfrogné.
- Mais ce n'est pas mon but. Je veux dire de « me faire » Tom...
- Oui c'est ça. Dit-il, énervé.
- On va se baigner ? Proposa alors Tom pour apaiser l'atmosphère qui était devenue presque palpable, étouffante. J'en ai marre de toutes ces bulles... »

Lorsque nous fûmes à nouveau dans l'eau, Tom me prit soudain par la taille et m'attira tout contre lui. Il pencha la tête jusque dans le creux de mon cou, ses lèvres frôlant ma peau, et murmura à mon oreille « Il paraît qu'on doit coucher ensemble pour savoir si on est de vrais amis.. » A vrai dire, je savais que ce n'était pas vraiment vrai. Ou du moins, pas aussi simple. Il y avait toujours une certaine ambigüité dans une relation entre deux sexes opposés, et j'étais bien placée pour le savoir. J'avais juste dit ça pour provoquer Tom, voir sa réaction. Et je dois dire qu'elle me plaisait assez bien...

Il m'embrassait le long du con, de longs baisers sensuels. D'un geste habile et rapide, il me retourna pour que me retrouve face à lui. Sa bouche se rapprocha alors dangereusement de la mienne. Je me retirai alors de son étreinte doucement et lui dit « Il paraît, oui. ». Je lui lançai alors mon plus beau sourire et rejoignis les deux autres sous l'½il attentif de mon futur amant.

Nous restâmes encore quelques minutes à barboter dans l'eau avant d'en avoir marre. Je sentais le regard de Tom posé sur moi comme celui de son frère, mais je m'efforçais de ne pas les croiser, prétextant une conversation passionnante avec leur ami. Nous finîmes par ressortir, piquâmes quelques serviettes bien moelleuses, moi empêchant Tom de m'essuyer avec la mienne. Vieux coup trop classique pour moi. Je me retrouvai à marcher dans le couloir à côté de Tom, par automatisme. Au bout d'un moment, il se pencha vers moi et me chuchotai à l'oreille:

« Je t'ai déjà que tu étais magnifique dans cette tenue ? »

Je remarquai à cet instant que j'étais toujours en culotte et débardeur qui était devenu, en l'occurrence, transparent. Je rosis quelque peu en le constatant mais tentai de ne rien laisser paraître de ma gêne...

« Non, répondis-je de ma voix la plus sexy, mais tu peux le répéter autant de fois que tu veux... ajoutai-je avec un sourire charmeur.
- Tu es magnifique, répéta-t-il non sans son sourire en coin charmeur, me regardant droit dans les yeux, d'un regard langoureux à faire fondre un esquimau.
- Mmh et tu crois que ce sont des choses qui se disent, entre amis?
- Bien sûre que oui, les amis sont là pour être sincères l'un envers l'autre...
- Décidemment, tu me couvres d'éloges ce soir...Qu'est- ce qui te prend ?
- C'est juste que d'te voir dans cette tenue...Ca m'rend fou...! »

A peine rentrés dans ma propre chambre, Tom me plaqua contre le mur. Il approcha une fois de plus son visage du mien en disant « Tu me rends fou, Alex.. ». Puis, doucement, il commença à frôler mes lèvres du bout des siennes. Il me regardait droit dans les yeux, d'un regard intense, ampli de désir...N'y tenant plus, je m'emparai de ses lèvres que j'embrassai avec passion. Il répondit immédiatement à mon baiser. On ne m'avait jamais embrassé de cette manière, sûrement parce que je n'avais eu jusqu'à présent uniquement des relations basées sur le sexe, sans jamais vraiment connaître la personne.

Il ferma d'un coup de pied la porte et m'amena, tout en continuant à m'embrasser jusqu'au lit douillet qui nous attendait d'un air espiègle, et me déposa délicatement dessus. Il s'arrêta un instant, recula son visage de quelques centimètres en dégageant une mèche rebelle de mon visage et susurra : " Tu es vraiment magnifique!". Je lui souris et l'attira vers moi, l'embrassant de plus belle.

Il me caressait partout où il le pouvait, mon ventre, mon cou, mes cuisses...et je faisais de même. Il passait sa main sous mon débardeur, montant chaque fois un peu plus haut, je sentais mon corps frémir sous ses caresses. J'adorais lui caresser le torse, il était parfait: ni trop gros, ni trop maigre, ni trop musclé, ni trop peu. Il était un peu bronzé.

Il finit par m'enlever mon débardeur et ma culotte, et je lui débarrassai de son caleçon. Je vous épargne les détails de la suite, je ne saurais mettre des mots sur ce qu'il s'était passé. Je peux juste vous dire que c'était vraiment, vraiment bien, et que Cela faisait longtemps que je n'avais pas passé une aussi bonne nuit. Nous nous endormîmes dans les bras l'un de l'autre, repensant à cette nuit que nous venions de passer.



Nous nous réveillâmes relativement tôt le lendemain, dans une ambiance pour le moins bizarre. Une sorte de gêne s'était installée. Nous savions tous les deux d'où elle provenait, nous n'avions aucune idée du comment la supprimer. Je finis par m'enfermer dans la salle de bain, l'évitant. Je n'osais pas le regarder en face lorsque nous descendîmes rejoindre les autres pour le petit déjeuner. Bill était, comme à son habitude, d'une humeur de chien.

« Désolée de vous avoir laissé dans le vent, hier soir, dis-je avant de m'attabler.
- Oh ! y'a pas de problème ! » Dit Bill un sourire hypocrite sur le visage. Son regard, quant à lui, était dur et froid. Il me regardait avec mépris, ayant presque une grimace de dégoût sur le visage.
« Avec Tom, on a l'habitude. » ajouta-t-il en insistant bien sur le dernier mot.

Tom échangea un regard avec son frère qui haussa le sourcil, avant de prétexter une envie pressante et de quitter la table le plus vite qu'il put, bientôt suivi par son fidèle ami. J'essayais de converser avec Bill qui semblait loin de s'intéresser à ce que je disais, trop occupé à tartiner son toast.

« Vous avez passé une bonne soirée ? Vous avez fait quoi ? me demanda soudain Bill, d'un ton mielleux qui ne lui correspondait absolument pas.
- Oh ! Rien de spécial. » Répondis-je bêtement.

Je ne sais pas ce qui m'avait pris de lui mentir. Les mots étaient sortis tout seul, sans que je ne leur en donne l'autorisation, formulant un mensonge que Bill détecterait sans problème. N'était-il pas le jumeau de Tom ? Ils pouvaient se comprendre en un regard, un geste.

« Alors pour toi, coucher avec quelqu'un, c'est rien de spécial ? M'prends pas pour un con, Alex, je sais reconnaître quand Tom couche avec une fille ou non.
- Ce...C'était bizarre, ce matin. » Dis-je honnêtement, la tête baissée par la gêne. Lui, par contre, me regardait fixement, sans ciller, un air d'ironie sur le visage.

« Ah, vraiment ? dit Bill. Tu m'étonnes ! Tu veux que j'te dise pourquoi c'était bizarre ce matin ? Parce que Tom, il en a rien à foutre de toi. Tout c'qu'il voulait, c'était de te baiser, et maintenant qu'il a eu ce qu'il voulait, tu peux aller voir ailleurs. Oh ! et tu veux que j'te dise pourquoi cet enfoiré s'est enfui aux chiottes ? Ajouta-t-il sans attendre ma réponse. Parce qu'il n'a même pas le cran de te bacquer lui-même et c'est moi qui me ramasse le sale boulot. Alors maintenant que c'est fait, tu peux bouger ton p'tit cul de poufiasse de notre table et arrêter de nous faire chier. »

J'étais sous le choc, abasourdie, estomaquée, incapable de bouger. Jamais on ne m'avait parlé comme ça, personne ne s'était jamais permis d'être aussi dur et froid avec moi. Même si le ton de Bill était bourré d'hypocrisie, qu'il avait parlé d'une manière qui se voulait gentille histoire de m'enfoncer un peu plus, il recelait de méchanceté, voire de haine. Pourquoi ? Je n'en savais strictement rien.

« Tu comprends pas l'Allemand, ou il faut que je t'amène un traducteur ? »

Je n'écoutais déjà plus ce qu'il me disait, envahie par de noires souvenirs que j'avais voulu jusqu'à présent oublier. Pourquoi, pourquoi maintenant ? Pourquoi ici ? Je me levai lentement, sentant les larmes me monter aux yeux. Non, ne pleures pas, pas pleurer. Reste digne, la tête haute. Personne ne doit voir tes larmes, personne n'a le droit de le voir. J'aperçus Tom sortir des toilettes et s'approcher de nous. Il me lança un regard interrogateur. Qu'est-ce que tu fais encore là ? Je pris un croissant sur la table, saluai le plus naturellement possible Bill et quittai la pièce le plus rapidement possible, m'enfermant dans ma chambre.


Je ne saurais dire où était passé le croissant, ni même comment j'étais parvenue jusqu'à ma chambre sans me tromper. Tout ce que je savais, c'était que j'étais désormais accoudée à la fenêtre, à perdre mes yeux dans le vide. Je n'avais pas mal. Juste un peu choquée. Je ne pleurais pas. Je ne savais plus verser de larme, l'organisme ne fonctionnait plus depuis trop longtemps. Puis il n'y avait pas de quoi. Je venais juste de me faire remballer pour la première fois.



Rien que ça.

Quelqu'un toquait à la porte. Tom peut-être ? Devais-je ouvrir la porte et lui pardonner pour pouvoir à nouveau me blottir dans ses bras où devais-je l'ignorer ? L'ignorer. Restes digne, Restes digne.

« Alexia ? » dit la voix familière de Sébastian, mon frère.Qu'est-ce que je pouvais être stupide !
« Je ne te dérange pas ? me demanda-t-il dès que je lui ouvris la porte.
- Pas le moins du monde. » Comprendra-t-il que j'ironisais ?

« Tant mieux. » répondit-il avec un apparent soulagement. Non, il n'était pas assez perspicace pour comprendre. « Euh...Papa a téléphoné, s'avança-t-il maladroitement.
- Cool.
- Ronaldo est arrivé ce matin.
- J'irais le voir.
- Bien.
- Bien.
- Je...Passe une bonne soirée.
- Pareillement. »

Il n'eut pas le temps de m'attendre, il avait déjà quitté la pièce en catimini. Rejoindre Kate ? Probablement. Elle se ravie d'apprendre ce qu'il s'est passé avec les gosses allemands. Alexia, la célèbre Alexia larguée par un gamin de 17 ans à peine. La honte ! Je crois que je ne le supporterais pas.

Ronaldo était supra trognon avec moi. Presque pas d'histoire, un regard doux, et une promenade agréable. J'eus par contre la malchance de tomber sur David dans le hall d'hôtel. Quelle idée d'être descendus dans le même endroit ! Il faudra d'ailleurs que j'en touche un mot à Sébastian, il doit bien avoir d'autres hôtels dans ce pays de merde.

Il m'invitait une seconde fois à une de ses soirées, me suppliant du regard. Oh non, oh non, comme une bêtasse que j'étais, je lui avais dit que je n'avais rien de prévu.

« Alors t'es OBLIGEE de venir.
- Bien sûre ! Ce s'rait avec joie. » Quoi ? C'est moi qui disais ça ? D'un autre côté, si je refusais de me présenter, il se douterait de quelque chose. D'ordinaire, je ne manquais pas une occasion de sortir. Trouve un prétexte, vite ! Trop tard, il venait d'entrer dans l'ascenseur. Bah, à quoi ça sert de me prendre la tête ? Je ne voulais pas Les voir, on ne se verrait pas. J'aurais qu'à passer cinq minutes pour la forme, ou même ne pas venir du tout, on ne remarquerait pas mon absence.

« Qu'est-ce que tu fais encore là ? » me demanda Sébastian dès que je lui eu ouvert la porte. Il la frappait comme un dingue depuis dix bonnes minutes, j'étais forcée de lui ouvrir.

« Je me prépare, comme tu vois. » mentis-je en m'emparant du premier tube de mascara qui me tomba sous la main. Je n'avais, bien entendu, nullement l'intention de me rendre à cette soirée. Je jetai un rapide coup d'½il au réveil posé sur la table de nuit. 0 :32. A cette heure-là, la vraie fête venait à peine d'être entamée. Je n'entendais rien de ce qu'il se passait en bas, juste la musique assourdie par les murs de l'hôtel.

Mon frère me regardait tandis que je me maquillais devant le miroir de la salle de bain. Mes mains commençaient à trembler, et j'étais tendue. Il le savait, il le sentait. De la sueur froide coulaient le long de mon dos. J'essuyai mon front ainsi que mon nez d'un geste rapide qui se voulait discret. Le bâtonnet à mascara glissa soudain, échappant à mon contrôle et vint se lover dans mon ½il, provoquant chez moi un cri de douleur. Je réparai les dégâts du mieux que je pouvais, mais maintenant, mes yeux versaient quelques larmes et mon nez coulait. Reniflements. Je ne le supportais, ni son regard posé sur moi, ni cette tension grandissant de plus en plus à moi. Je cherchai dans mon sac, puis dans ma trousse de toilette, puis dans tous les armoires présentes dans la pièce de quoi me calmer. En vain. Ma tête me tournait, et je commençais à avoir des nausées. Faites que tout cela cesse ! Une bouffée de chaleur m'obligea à me laisser tomber sur le lit. C'est à ce moment là que Sébastian se décida à prendre la parole :

« C'est ça, que tu cherches ? » demanda-t-il en brandissant la boîte de médicament. « Je pensais que tu étais guérie ... » ajouta-t-il en ramenant mon bien à lui, m'empêchant de les prendre. Il les glissa au contraire dans sa poche, attendant que je dise quelque chose.

« Je le suis.
- Alors pourquoi t'es en manque ?
- Je...commençai-je.
- Je ne dirai rien à Papa. » Soulagement. « A une seule condition, ajouta-t-il.
- Laquelle ? Réussis-je à articuler, non sans difficultés.
- Que tu acceptes ce que David va te demander.
- Quoi ? M'impatientai-je.
- Il n'y a qu'une façon de la savoir. » Conclut-il, un sourire triomphant aux lèvres, en quittant la pièce avec les médicaments. L'enfoiré ! Plus d'échappatoire, maintenant. Je ne survivrai pas une nuit sans mes médicaments. Pas la peine d'appeler Diana, je savais d'avance qu'il l'avait appelée. Ou qu'il était en train de le faire. Qu'est-ce que ce David de merde allait bien pouvoir me demander ?

Après avoir bu un bon nombre de verre d'eau bien fraîche pour me calmer ne serait-ce qu'un peu, je sortis de mon antre, à contrec½ur, plus tremblante que jamais. Sébastian me fit un clin d'½il lorsqu'il me vit pénétrer dans le salon. Je cherchai David du regard. Autant aller droit au but, je n'avais pas que ça à faire. Il était en train de discuter avec un homme d'un certain âge, entouré de Bill, et Tom. Chiasse ! Aucune envie de les voir, ces deux-là. Je fis signe à mon cher grand frère que j'allais sur la terrasse, et que je les attendais.

Je sortis mon paquet de cigarette qui allait m'aider à attendre, m'assis sur un des fauteuils, et regardai les étoiles.

« Vous n'auriez pas du feu ? » me demanda soudain une voix douce et claire venant de derrière. Pas besoin de le voir pour le reconnaître, de toute façon.

« Parce que tu fumes, maintenant ? dis-je en lui tendant mon briquet.
- Comme tu vois. » répondit-il en me rendant mon briquet.

Il s'assit alors sur le siège à côté du mien, allongeant ses longues jambes sur celui-ci. Ni l'un ni l'autre ne parlait. Nous ne ressentions pas le besoin, encore moins l'envie. J'arrachai un instant mon regard de l'immensité du ciel pour les poser sur lui, scrutant la moindre parcelle de son visage. Ses traits semblaient parfaits, comme ceux de Tom. Mêmes yeux bruns légèrement bridés, sauf que les siens étaient soigneusement maquillés de noir, ou d'une couleur foncé que je n'aurait pu distinguer dans le noir. De longs cheveux noirs aux quelques mèches blanches encadraient un visage fin. Il avait un piercing à l'arcade, et une bouche à tomber. Il avait en fait le visage d'un ange mais il était maquillé comme le diable. Paradoxe qui me plaisait malgré moi. Ses yeux brillant à la lueur rouge de la cigarette qu'il portait à sa bouche me surprirent.

« David m'a fait écouter ton single.
- Le con.
- La chanson est à chier, mais tu as une jolie voix. » Affirma-t-il.

Il avait trop raison. J'avais douze ou treize ans à l'époque, et cherchais une autre façon de me faire remarquer, en plus de celles que j'utilisais déjà. C'est comme ça que j'en étais arrivé à chanter, même si ce n'était pas ce qui m'intéressait le plus. En temps général, je ne jouais que pour moi, et mon plaisir, rien de plus. Au grand soulagement de mon père et de Diana et sa nouvelle assistance qui devaient superviser le tout, j'avais fini par abandonner l'idée. Mais le single était bel et bien là, en guise de souvenir.

« Bonsoir ! » lança soudain une voix joyeuse. David. Enfin ! J'étais en train de croire qu'il ne viendrait jamais, et là, le manque commençait à sérieusement se faire sentir. « Alors, jeune fille, ton frère m'a dit que tu acceptais notre nouveau projet ! » dit David. Bill ricana. Je ne comprenais pas.

« Ce serait avec joie, si seulement je savais en quoi il consistait... »

Oui, de quel projet ils parlaient ? Je n'avais encore jamais entendu parler d'un quelconque projet auparavant. Ben de ça. Non mais il était devenu complètement fou, ce David ! Il avait l'intention de m'intégrer dans le groupe pour enregistrer une chanson. Vous y croyez, vous ? Moi je n'en croyais pas mes oreilles. Je pensais d'abord qu'il avait forcé sur les stupéfiants, mais ce n'était pas son style. Et puis en observant attentivement ces yeux, je vis qu'ils étaient tout à fait normaux. Pas la moindre rougeur, ni quoique ce soit de compromettant. Non, il était bel et bien sérieux, et il tenait Vraiment à ce que j'enregistre une chanson avec Bill, et avec Tom. Il n'en était hors de question. Non mais pour qui il me prenait ? MOI ? Enregistrer un disque avec eux ? David semblait trouver ça normal, et même Bill y avait un peu mis du sien. L'alcool, sans doute.

Voilà comment je m'étais retrouvée embarquée dans un truc qui était loin de me plaire. Et si je demandais à Diana de m'apporter en cachette des médicaments ? De cette manière, je n'aurais pas à subir tout ça...

L'enfoiré. Mon cher frère, loin d'être stupide, avait téléphoné à l'avance à Diana pour lui interdire de m'acheter un quelconque médicament. Seul lui avait désormais le droit de m'en procurer.

Nous avions rendez-vous le lendemain matin à 9h00 pour parler de notre chanson. David m'avait donné la démo pour que j'aie un avant-goût, histoire de ne pas arriver en touriste. Je l'avais rapidement écouté avant d'aller me coucher. Pas mal, mais pas exceptionnel. Je tâcherai d'être plus discrète, la prochaine fois, quant aux substances que j'ingurgitais...

J'arrivai dans la chambre de David avec une demi-heure de retard, pour la forme. Il n'y avait que Bill et lui-même, déjà en grande conversation par rapport à ma collaboration avec le groupe. Le jeune chanteur semblait moyennement apprécier la chose, mais à vrai dire, son humeur me passait au-dessus de la tête.

« Alors alors ? » s'enquit David, dès que je fus assise, le plus loin possible de Bill.

Je feignis l'indifférence. Je devais déjà participer à ce projet nullissime, je n'allais tout de même pas en plus le couvrir d'éloges ! Heureusement pour moi, Gustav et Georg entrèrent dans la chambre, en même temps. Le quatrième membre du groupe ne tarderait pas à arriver selon son frère. Il fut décidé d'un commun accord que le morceau serait joué en acoustique.

« Je meurs, les gars, je meurs ! Gémit Tom dès qu'il eut passé la porte. Ils m'ont pompé tout mon sang, ces salops, j'ai plus rien ! Que dalle. J'vais m'évanouir dans la minute, là ! Bill, donnes-moi un peu d'ton sang ! Regardes, mon bras est en train d'mourir ! T'veux tout de même pas avoir la mort de mon bras sur la conscience, hein ?!
- Il a été faire une prise de sang, dit David à mon attention.
- Qu'est-ce que tu fous là, toi ? s'exclama soudain Tom sur un ton sec dès qu'il se rendit compte de ma présence.
- J'suis là pour la chanson.
- Quoi, ce n'était pas sérieux ?! Bill ! J'pensais qu'tu déconnais ?! Non, c'est pas sérieux ? Répéta-t-il, suppliant, à David.
- Bien sûre que si, alors vas prendre ta guitare et tais-toi. » Répondit David sur un ton sec.

Tom ne se donna pas la peine de protester. Il savait par expérience que quand son manager lui parlait ainsi, il fallait s'exécuter sans un mot. Il passa la matinée muet, ses yeux et ses mains rivés sur son instrument, à faire ce qu'on lui demandait sans donner son avis. Le résultat après une heure de dur labeur était potable. Avec un peu d'entraînement, nous pourrions arriver à quelque chose de bien...

Tom profita de la pause accordée par David pour sauter au coup de son manager.

« J'peux savoir pourquoi on a absolument besoin d'elle ? demanda-t-il énervé, en prononçant le dernier mot avec mépris.
- Parce que j'ai décidé qu'il en serait ainsi, et que tant que tu travailles avec moi, tu fais c'que j'te demande.
- Ca ne m'explique pas, insista le dreadeux.
- Tout simplement parce que grâce à elle, vous pourriez vous faire une nom aux Etats-Unis. Ca t'vas comme excuse ? »

Ca ne lui suffisait pas, mais il était bien obligé de s'en contenter, vu que David n'avait nullement l'intention d'en ajouter plus. A vrai dire, le manager faisait ça pour son ami. Il savait que si elle s'investissait dans un projet, se donnait à fond dans quelque chose, cela lui permettrait un peu d'oublier. De se reconstruire, et de se retrouver. C'est ce qu'il s'était passé pour lui, lorsqu'il avait rencontré les quatre jeunes garçons qui formaient les Tokio Hotel. Et aujourd'hui, il voulait donner cette chance à quelqu'un d'autre, en l'occurrence à la petite s½ur de son meilleur ami.

« Ca m'fait chier, bordel, ca m'tue ! jura soudain Tom en jetant sa précieuse guitare au sol.
- Mais qu'est-ce que t'as ?! S'énerva à son tour Georg qui ne semblait au courant de rien. Tu d'viens lourd, là !
- C'est juste que travailler avec elle, ça m'rend dingue ! cria Tom sans m'adresser le moindre regard, rabattant sa casquette sur lui-même comme pour masquer sa fureur.
- Je ne vois pas où est le problème. » Dis-je très calmement. J'étais restée très calme, en retrait et très coopérative depuis le tout début de la matinée, alors je ne voyais vraiment pas en quoi j'aurais pu le déranger. « Surtout de ton point de vue, ajoutai-je.
- Le problème ? S'emporta à nouveau Tom, en me regardant droit dans les yeux pour la première fois depuis qu'il était entré dans la pièce. C'est que tu n'es qu'une sale garce, et que je ne supporte pas ta présence !
- Une garce ? Je te signale que c'est toi qui t'es comporté comme un lâche dans l'affaire ! »

Tom allait me répondre mais Bill, qui jusque là avait assisté à la scène sans rien dire, intervint. Il tira son frère de force hors de la pièce pour qu'ils se parlent tous les deux. Je m'excusai auprès de Georg et Gustav, niant David. C'était à cause des manigances de lui et Seb que je me retrouvais là, qu'il assume les conséquences de ses actes.

Tom revint dix minutes plus tard sans son frère, l'air pensif. Il se laissa d'abord tomber comme une masse dans le fauteuil, volant quelques notes au vol à Georg qui avait posé sa guitare sur la table basse.

« Tom ? T'as fini, là, on peut commencer ?
- Eumhh...Alexia, je te dois des excuses...Je..Je suis vraiment désolé, j'ai tout remis sur ta faute aujourd'hui alors que c'est moi qui me suis comporté comme un salop...Bill vient un peu beaucoup de me faire la morale là... *rire jaune* Mais je le méritais largement...Tu vois, après la nuit qu'on a passé, c'était géniale, hein, je dis pas le contraire! Mais on est pas fait pour sortir ensemble...On avait juste une attirance physique et puis avec l'alcool et tout. Ben voilà, quoiqu'il en soit, le lendemain j'ai un peu paniqué..Et puis come un con j'ai demandé à Bill -enfin demandé, on se comprend quoi.- de te bacquer à ma place..J'ai été lâche alors que je suis sûre qu'il suffisait qu'on discute et que tout s'arrangerait...et puis Bill a vu dans quel état j'étais, alors il a organisé tout ça..Enfin parce que t'as blindé de talent aussi, tu le sais, surtout pour ça d'ailleurs mais enfin soit, il s'est dit que ce serait l'occasion idéale de se réconcilier...et donc voilà...Je...je suis désolé, vraiment...ajouta-t-il avec un regard de chien battu.
- Pas autant que moi.
- Et tu crois que tu pourras me pardonner ? »

Pour toute réponse, je me jetai dans ses bras en riant. Bien sûre que je pouvais lui pardonner. Tout ce qu'il voulait même, si je pouvais encore rester avec lui. Je sais ce que vous vous disez, "elle cède facilement, elle." Je crois pas, non. C'est juste que ce que je ressentais pour Tom, c'était tellement fort et tellement bien, cette amitié, que je ça ne pouvait être que réciproque. Et il avait l'air tellement sincère dans ses explications, il avait tellement l'air de vouloir tout effacer.

« Waouw! s'exclama Tom.
- Quoi?
- C'est dingue comme ça fait du bien de pouvoir à nouveau te prendre dans les bras...J'suis trop heureux ! »

Bill entra à cet instant dans la pièce. Lorsque je le vis je lui sautai également dessus, le pris un instant dans les bras puis lui donnai un petit bisous sur la joue suivis d'un petit " Merci, je t'adore ! " mais il me repoussa gentiment.

« Bon les gars, je vais shoppiner ! Annonça-t-il. Quelqu'un a besoin de quelque chose? »

Personne ne prit la peine de répondre. J'avais bien besoin de quelques trucs, mais je ne préférais pas lui demander, de peur de le faire chier. Il me donnait toujours l'air d'en avoir marre de moi déjà. Là, maintenant, aussi malgré sa promesse. Tant pis, j'allais pas me faire chier pour un type comme lui.

« Je reviens pour 18 heures ! »

Cette fois, c'est à quatre qu'on travailla la musique : Tom, Georg, Gustav et moi. Je passais un de ces moments parfaits, qui ne devrait jamais cesser tellement il est excellent. Tom avait retrouvé ses sourires qu'il nous balançait à tout bout de champs. C'était cool de travailler avec un gars comme lui. On sentait tout de suite qu'il aimait la musique, qu'il adorait en jouer. Il se donnait à font dans ce qu'il faisait. Tout son énergie, tout son être.

Bill revint vers 18heures, comme prévu. On n'avait pas vu le temps passés, et la fatigue de la bosse nous surprit d'un coup. Le beau brun s'affala à son tour dans un canapé et lâcha un soupir de soulagement :

« Le shopping est éprouvant de nos jours.
- Fans hystériques ? Comprit Tom.
- Oui, répondit Bill en lançant à son frère un tube de crème. J'ai pensé que t'en aurais besoin. Et ça, ajouta-t-il à mon adresse, c'est pour toi. »

J'attrapai le paquet qu'il m'avait quasi jeté à la gueule au vol, me demandant ce qu'il pouvait bien être. C'était une petite boite rectangulaire et allongée, emballée dans un Paris XL. Je pris bien soin de prendre mon temps. J'adorais défaire les cadeaux, faire durer le suspense. Mon frère me disait toujours que j'étais stupide, que je devrais être habituée à force. Moi je m'obstinais à savourer ces moments.

Il renfermait un tube de mascara. Ha ha ha, Bill, on se marre. C'est qu'il riait vraiment, le petiot. Mort de rire, qu'il était. Attendez que je vous explique :

« Je me suis dit, réussit à dire Bill entre deux gloussements, avec les tonnes de mascara que tu mets tous les jours que tu ne devais plus en avoir beaucoup.
- Et c'est toi qui me dis ça ? J'te signale, au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, que tes yeux sont plus maquillés qu'une pute de bas étage !
- Ooh ne soit pas vexée, c'était de l'humour. HUMOUR, tu connais ?
- J'trouve ça juste gonflé de la part d'un gars qui se maquille plus que moi... »

Tom, quant à lui, alors qu'il se serait délecté de cette scène pour le moins hilarante, était complètement absorbé par la notice du tube de crème. Ses sourcils étaient froncés, signe de concentration. Je m'approchai pour voir de quoi il s'agissait. C'était tout simplement de la crème pour les dreads. Avec le temps, certaines se défont, où les cheveux repoussent. Trop mignon comment Bill se soucie des problèmes de son frère, les tout bêtes comme ses cheveux !

Ceci n'empêche pas cela, il a beau être attentioné, il n'en a pas moins un humour de merde.

L'homme aux dreads ôta sa casquette ainsi que son espèce de foulard et s'empara d'une de ses fameuse tentacule et se mit à l'enduire de crème. Les premières étaient faciles, derrière cela se compliquait.

« Tu as du mal Tomichou ? Me moquai-je gentiment.
- Humph, aide-moi au lieu dt' foutre de moi ! »

En bonne fille que j'étais, je m'exécutai sans broncher, m'immiscant comme je le pouvais entre lui et le dossier du fauteuil. Je pris un des cacas (dixit Georg) en main mais il se mettait déjà à gesticuler.

« Deux minutes j'vais me laver les mains.
Deux minutes j'mets la PS histoire d'avoir de quoi faire en attendant. »

Il s'installa alors confortablement dans le canapé, n'hésitant pas à m'écraser pour être à l'aise. Cela prit plus de temps que je ne pensais. Tom n'arrêtait pas de bouger, expulsant la crème un peu partout dans la pièce mais en particulier sur ma pauvre personne. La lassitude commençait à se faire sérieusement sentir :

« J'ai faiimmm ! Me plaignis-je. Bill me lança un regard noir. Les deux autres ne cillèrent même pas. Tom renchérit :
- Ouais moi aussi...Bill tu peux me passer un paquet de chips, steup? Danke ! Roooh c'est le plus beau jour de ma vie. Non seulement j'te retrouve, Alex, mais en plus t'es en train de me tripoter les dreads alors que moi je suis là, peinard, avec un paquet de chips à la main, le coca que Bill va gentiment m'apporter en tant que bon frère jumeau dans l'autre main, de la bonne musique en fond pour l'ambiance et un bon jeu de Playstation qui m'attends...Le pied...Manque plus que des belles blondes qui me font un petit streap-tease, et là, je suis au summum du paradis ! »

Dès que les mots "belles blondes" et "streep-tease" furent prononcés, tous les regards se tournèrent bizarrement vers moi.

« Oh ! Tom, même si j'avais voulu, je n'aurais pu accomplir ton rêve. J'suis brune.
- Peu importe, ta canonitude l'emporte sur ta couleur de cheveux. »

Je finis rapidement ses cheveux, travail de temps en temps interrompu pour cause d'empiffrage de chips sous les bons soins de Tom qui me les introduisait dans la bouche gentiment. J'étais bien forcée, les chips à la crème, ça ne me tentait pas trop. Je me serais bien passée de l'aide de Tom, si j'avais pu.

« On sort ce soir ? !
- Pas avec c'truc dans les cheveux, protesta sans grande conviction Tom.
- J'sors pas sans toi, Tomichou, tu l'sais bien
- Humph ! Ca change rien au fait que j'ai les ch'veux tout dégueulasses..
- Genre ça t'dérange !
- Tu m'donnes quoi on échange de ma présence ?
- Je te promets de...euh...de...
- De faire c'que j'veux pour la soirée ? Proposa Tom déjà excité à cette idée.
- Si tu m'promets d'être un amour.
- Comme si j'allais t'faire un sale coup. » dit-il, un sourire malicieux aux lèvres.

Sur ce, je remontai dans ma chambre me préparer. je dînais avec mon frère ce soir et il fallait que je sois présentable. On allait tout bêtement au restaurant de l'hôtel, pour plus de facilités. Ce n'était pas le meilleur, mais les plats y étaient mangeables.

Excepté Kate qui disputait pathétiquement mon pauvre frère qui s'en foutait royalement, trop occupé à la contemplation d'une belle brune aux lèvres pulpeuses et aux formes généreuses à la table voisine, le repas se passa sans encombre. Moi, j'étais trop heureuse pour foutre la merde dans la vie de cette chère blonde qui se croyait déjà ma belle-soeur. Je voyais limite tout en rose. Même Kate. Il faut dire qu'avec elle la chose n'était pas bien difficile, elle était le prototype même de la poupée Barbie.

Sébastiant détournait de temps en temps le regard de la jeune femme pour échanger quelques mots. Le reste du temps, il se contentait d'hocher la tête en guise de réponse à Kate qui n'en pouvait plus. Je me délectais de chaque minutes qui passait tellement c'était merveilleusement drôle : Cela sentait la rupture à plein nez ce qui avait le don d'accroître mon bonheur. J'étais ravie ravie ravie. Je vois, je vais, je viens je suis raviie. Deux I, plus de bonheur. Aaaah la vie est merveilleuuuuuse.

Si on ne prend pas en compte l'humour dégradant de Bill.

Casses-toi, pars, pauvre merde, de mon esprit. N'empêche, il a un rire à croquer.

Non, je n'étais pas cruelle d'aimer ce moment. Juste normale. Toute personne normalement constituée aurait été ravie comme moi de voir son frère se séparer d'une fille comme Kate. Croyez-moi.

« Tu fais quelque chose de spécial ce soir ? Me demanda Seb' après avoir échangé un long regard langoureux à sa dulcinée du moment.
- Mais je reste avec toi, mon coeur ! » Répondit à ma place la blonde.

Pathétique. Mais vraiment.

« J'vais dans une boîte muichienne, c'peut être cool. » Répondis-je bêtement.

Tom m'attendait devant la porte de ma chamrbre lorsque j'eus fini de manger. Il jouait avec une des baguettes de Gustav. Il entre dans la pièce à ma suite et se dirigea immédiatement vers ma garde-robe, l'ouvrit et marmonna des mots dont je pus à peine en saisir le sens : "Dingue le nombre de fringue que t'as !" Il farfouilla alors quelques temps et en ressortit un mini short en jeans suivi d'un débardeur décolleté et des cuissardes en cuir. Je faillis m'étrangler en voyant la tenue qu'il venait de me choisir avec soin.

« Taddaaa ! Annonça Tom en brandissant devant lui les habits d'un air triomphant.
- Et tu crois sérieusement que je vais mettre ça ?
- Ben ce n'est pas comme si t'avais le choix, répondit-il d'un air entendu. Je veux que tu sois sexy ce soir...Et puis, si t'as ces fringues avec toi, c'est que tu les aimes bien, non ?
- Bien sûre, je les adore, mais pas tous ensemble...Je peux être sexy sans pour autant ressembler à une petite de bas étage, ou à une des bimbos sans intérêts tout droit tirée d'un clip de RNB... Laisses-moi choisir moi-même ma tenue et je te promets d'être sexy !
- Mets au moins le short, je l'adore !
- Si tu y tiens... »

Je mis donc le petit short comme prévu accompagné d'un haut ample et gris clair sans grand artifice mais joli sur moi. Une ceinture assez large sur la taille pour donner de la forme et en guise de chaussures, j'enfilai des simples talons. Je mis le strict nécessaire au rayon maquillage et me fis une queue de cheval "sauvageonne", des mèches partant un peu dans tous les sens. Pour terminer, j'enfilai des lunettes Dior classiques et pris le premier sac Valentino noir qui me tombait sous la main. Simple, classe, sexy. Mes jambes étaient à tomber.

Tom enfila à son tour ses lunettes noires pour qu'on ne le reconnaisse pas même si cela ne servait strictement à rien à cause de sa coiffure et de son style. Bill et les deux autres nous attendaient dans le hall, bien protégés par leurs propres vigiles. Le grand brun, que je ne préciserai pas par fierté, était vêtu d'un tee-shirt noir avec des motifs à la rock, un jeans déchiré en plusieurs endroits comme il les aimait et de ses multiples bijoux. Il avait à peine donné du volume à ses cheveux. Je lui glissai que je le préférais comme cela mais il fit mine de m'ignorer. J'eus tout de même le temps d'apercevoir un petit sourire satisfait avant qu'il ne détourne la tête. Je me retins tout de même de lui dire qu'il était sexy à mon goût. Qu'il était à mon goût tout court, en fait.

Non mais qu'est-ce qui me prend d'écrire ça, moi ? Je m'en foutais bien, de Bill...

J'étais dans le voiture de Bill et Tom, ce qui était logique vu que la seule personne avec qui je m'entendais relativement bien était ce dernier. Non pas que je n'appréciais pas Georg, ou Gustav, mais il n'y avait pas ce lien bizarre que j'avais noué malgré moi avec le dreadeux.

« Ca ne vous emmerde pas, les fans complètement hystéros ? Demandai-je pour meubler la conversation qui, jusque là, n'était pas fort passionnante. Pour ne pas dire pas du tout, vu qu'elle n'était pas.
- Naaan, moi j'aime bien les fans, répondit Tom. Il y en a des trop trippantes, j'te jure ! Et parmi elle, il y en a toujours des jolies...Et là, c'est l'pied. »

Heureusement, nous étions arrivés à destination, et donc plus forcés d'approfondir la conversation. La musique n'était pas trop mal, pour des Allemands, et l'ambiance était sympa. Rien de plus. Une table nous avait été réservée, et je m'y installai sans demander mon reste. Je n'avais pas envie de danser avant d'avoir bu quelque chose.

« Où sont les serveurs ? Demandai-je à Tom assis à ma droite.
- Quels serveurs ?
- Les serveurs personnels. Quoi, on n'a pas de serveurs personnels ? Demandai-je, effarée, en voyant l'expression incrédule de Tom.
- Non, pas de serveurs personnels...Par contre, il y a un joli bar à ta droite. »

C'est quoi cet endroit de ringards ?! J'étais estomaquée. Dans toute boîte normalement constituée, nous avions quelqu'un à notre disposition pour nous servir à boire. Tout de même ! J'envoyai Ben me prendre de quoi me rassasier. Je dansai ensuite une vingtaine de minutes avec quelques gars pas mal dans leur genre. Bill était resté tout ce temps à table, et discutait avec une petite blonde, fac-similé de pouffe en miniature, au regard de bovin et au gloussement insupportable. Mais que faisait un type comme Bill avec une fille de ce genre ?

« Tu ne danses pas ? Demandai-je à Bill dès qu'un blanc se fut installé entre les deux jeunes gens.
- Tu ne vois pas que j'suis occupé, là ? » Répondit-il.

Je ne pris pas la peine de répondre, blessée dans mon orgueil. Non mais pour qui il se prenait, de me parler ainsi ? Je me relevai pour retourner sur la piste, trop irritée pour continuer à supporter les caquètements de l'autre blondasse. Et ce con qui se prenait pour je-ne-sais-qui à me parler agressivement.

« Tu ne sais pas où est Tom ? me demanda soudain quelqu'un, m'éloignant de mon partenaire du moment.
- Bill tu vois pas que j'suis occupée ?!
- Non, il faut absolument qu'on y aille, insista-t-il.
- Et j'peux savoir pourquoi ?
- Mon ex est là, j'suis incapable de l'affronter.
- Oh ! Pauvre chéri. » Dis-je d'un ton exagérément mielleux. Mais avant que je n'ai le temps de réagir, il me prit dans les bras et m'embrassa de force. Je m'attendais à tout, sauf à ça, surtout venant de lui. Prise de court, je le repoussais violemment et le giflai le plus fort que je pus. Il voulut répliquer, mais j'étais déjà partie.

Je rentrai dans une des voitures, ordonnant à un des mes gardes du corps de prévenir les autres de mon départ. Ils arrivèrent, dix minutes plus tard, et rentrèrent sans un mot dans la voiture. Cette fois, je m'étais retrouvée avec Bill et Georg, le dreadeux s'étant trouvé une compagnie pour la nuit.

« N'te fais pas d'illusion pour le baiser, c'était juste pour faire fuir l'autre folle.
- Je n'en doute pas. » Non mais quel con !

Ce fut les seules paroles que nous avions réussi à échanger dans la voiture. Bill avait l'air perdu dans ses pensées et ne prononçait pas un mot, et Georg se comportait comme un Georg digne de ce nom. En gros, viril, et qui ne pète pas un mot. Quand on le regardait bien, il avait des petits airs de Ben. Un gorille à l'air dur, mais pas fondamentalement méchant. Il était même sympathique, à ses heures. Le reste du temps, il restait glacial comme son rôle de garde du corps le lui obligeait.

Je ne pris pas la peine de saluer les jumeaux avant de me coucher. Je me mis à mes aises dès que j'entrai dans mes appartements, et allai me fumer une cigarette sur le balcon sous les mélodies envoûtantes de Muse. J'aurais aimé me perdre dans les étoiles, mais les lumières de la ville m'empêchaient de les voir, et la seule que je parvenais à distinguer était la lune, trop grosse pour moi. Triste ville.

Un tapotement à la porte me sortit de ma contemplation, si on peut appeler cela ainsi. Je mis quelques temps à réagir, déposai négligemment ma cigarette dans un cendrier improvisé qui était en vérité une feuille tombée par mégarde sur la rambarde et allai jusqu'à la porte.

Bill se tenait sur le pas de la porte, emmitouflé dans sa couverture. Il regardait d'un air penaud ses pieds, trop gêné par ce qu'il comptait me demander. Apparemment, Tom et sa nouvelle copine étaient trop bruyants à son goût. J'aurais très bien pu lui claquer la porte au nez avant qu'il ne s'introduise de force dans ma chambre, mais il était trop mignon et se tortillait sur lui-même en attendant ma réponse.

Je lui céder le canapé du salon, il rechigna à peine.

« Si t'as un problème, j'suis à côté. » Non mais qu'est-ce qu'il me prenait de dire ça ? Je devenais presque gentille. Non pas que j'étais une garce, avant, mais je n'aurais jamais fait ce genre de concession.

« Mis à part une probable rencontre avec un string, ce qui risque fort bien de me perturber, je crois que ça ira. » répondit-il avec un sourire entendu.

Peut-être qu'il n'était pas si méchant que ça, au fond.

Erreur, Bill était fondamentalement insupportable. Non seulement il squattait ma chambre, mais en plus il avait profité de mon manque de prudence pour se faufiler dans mon lit sans ma permission. Il dormait encore profondément lorsque je m'étais réveillée. Je sortis du lit, et tentai tant bien que mal de le sortir du sommeil.

« Un string a fait des siennes, apparemment, dis-je.
- Ooh ! Bordel, fous-moi la paix ! » S'exclama-t-il.

Qu'est-ce que je disais ?

« On mange ensemble ? » Vous douterez bien que cette demande venait de moi. Tom dormait encore, et je n'avais personne avec qui partager mon déjeuner. Aussi incroyable que cela puisse paraître, il avait accepté. Non pas qu'il veuille faire pote-pote avec moi, mais qu'un pique-nique sur sa colline, ça ne se refusait pas.

Comme à chacun de mes passages dans un hôtel, j'allai faire un tour dans les cuisines tandis que l'abominable chanteur allait réveiller son frère. Ce fut un apprenti cuisinier qui me préparement gentiment notre repas.

Aucun de nous deux ne parlait, et c'était tant mieux. Je n'avais ni le courage, ni l'envie de monologuer avec un type pareil. Nous mangions en silence, apaisés par ce paysage, cet endroit, cet air frais. J'étais allongée sur la pelouse, les yeux fermés, savourant les rayons de soleil qui m'était offert, Bill avait le regard perdu dans un bourrelet du petit nuage. Il s'était incrusté quelques minutes plus tôt dans le ciel, se disant qu'une petite touche de blanc ne ferait pas de mal dans cette étendue de bleu à perte de vue.

« Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda soudain Bill.
- De quoi tu parles ? Dis-je tout en gardant les yeux fermés.
- Je te demandais ce qu'il s'était passé pour que tu acceptes de chanter avec nous. »

Je me redressai alors sur mes coudes et l'observai. Il fixait toujours le nuage, sans un regard pour moi. C'est à peine s'il avait remarqué que j'avais bougé. Au moins, il n'était pas complètement stupide, il avait compris que mon frère avait dû utiliser le chantage pour m'avoir. Mais en quoi cela le regardait ? Croyait-il sérieusement que j'allais lui répondre ?

« Parce que j'en avais envie, dis-je sur un ton faussement enthousiaste.
- Bien sûre. »

Quelques minutes plus tard, je me retirais, l'abandonnant à sa foutue colline.

Il s'en fallut de peu pour que Tom me surprenne en train d'avaler mes médicaments. Cette matinée passée avec son frère était une idée complètement stupide. J'avais espéré, naïvement, que nous nous rapprochions un peu, ou du moins qu'il apprenne à m'accepter. Au lieu de ça, nous étions encore plus tendus en présence l'un de l'autre, à se lancer des regards assassins ou des piques à peine masquées.

« J'ai appris que toi et Bill étiez ensemble ce matin, s'avança Tom.
- Et alors ? Répondis-je sur un ton au bord de l'agressivité.
- Au fond, ça a été avec Bill ?
- Oui, comme d'habitude..
- Quoi, comme d'habitude ? Je vous ai vu hier, au Fuzz, et vous n'aviez pas vraiment l'air d'être "comme d'habitude" !
- Oh, ça !, piquant un fard, C'était juste pour faire fuir une ex de Bill..
- Mouais..Et tu manges encore avec ton frère ce soir ?
- Non, j'ai aucune envie de devoir supporter une fois de plus Kate...Et puis s'est sûrement cassé avec une fille à l'heure qu'il est.
- Quoi, elle est si conne que ça ?
- Qui, Kate ? C'est une plaie, je te jure. Une petite pouffe de merde sans intérêts.
- Mais elle est quand même vachement bien foutue.
-On s'en fout qu'elle soit bien fichue ou pas...Cette fille est née pour prouver que les blondes sont connes. Elle est aussi belle qu'elle est conne et influencable. Mais bon, c'est vrai qu'elle tombe pas comme ça dans les bras du premier venu
- Oui, c'est ça..Je suis sûre que je me la fais en 5 minutes même pas..
- On parie quoi?
- Mmh, qu'elle dormira avec toi
- Ok ! Je l'invite donc au Fuzz ce soir.
- Parfait ! Viens dans notre chambre dès que tu peux. »

Je savais déjà comment j'allais parvenir à gagner. Il suffisait que je lui fasse croire que Bill était le plus connu, le plus adulé et que tout le monde s'en foutait de Tom, et sa connerie l'empêchera de voir que c'est complètement faux. Elle essaiera donc de draguer Bill, mais en vain parce qu'elle ne l'intéressera sûrement pas.

J'allai donc voir à la chambre de mon frère. La porte était entre-ouverte, me donnant un aperçu du bordel régnant dans la chambre. Des tas de vêtements étaient éparpillés un peu partout dans la chambre, les bibelots étaient renversés dans la pièce et les tiroirs étaient branlants. Tout portait à croire que la rupture avait enfin eu lieu. J'entendis soudain sangloter. Je me dirigeai vers la source du bruit et découvris Kate effondrée dans la salle de bain. Je m'assis à côté d'elle en lui tendant des mouchoirs.

« - Alors, t'as eu ce que tu voulais, hein ?
- Oui. Mais je ne m'inquiétais pas, parce que je savais que j'allais de toute façon l'obtenir. Réveilles-toi, Kate, c'est pas le genre de Seb de se stabiliser avec une fille, encore plus avec quelqu'un comme toi.
- Mais il disait qu'il m'aimait, et moi je le croyais..et c'était réciproque. Qu'est-ce que j'ai pu être conne!
- Oh Kate! On est jeune et je pense qu'on en a encore pour quelques années avant de connaître l'amour..et je ne te parle pas de Sébastian, tu sais comment il est.. Alors, je t'en prie, sèches tes larmes, profites de ton séjour ici et amuses-toi ! J'veux même bien que tu viennes pieuter dans ma chambre..
- J'ai pas vraiment envie de rester ici, tu vois, et encore moins avec toi ! »

Respire, Alexia, respire. La violence ne résout rien. Et tu as besoin de Tom demain si tu veux aller shoppiner; il faut bien que quelqu'un porte les sacs et le pauvre Ben est sur le point de démissionner par ta faute...Un argument, vite !

« Tu pourrais au moins faire un effort...Tu sais, tu vas peut-être me prendre pour une folle, mais ça me fait de la peine de te voir comme ça, je peux pas m'empêcher de voir la petite Kate de nos Pyjamas-party, ma petite Kate d'avant...
- Ca me fait mal de dire ça..Mais c'est réciproque...
- Tiens, la deuxième clé de ma chambre. Rassembles tes affaires pendant que je fais de la place chez moi, et après on ira faire les magazins. »

J'étais devenue complètement folle! Non mais qu'est-ce qui m'avait pris d'inviter Kate ? J'allais devoir me la coltiner maintenant..L'horreur ! Je n'osais même pas imaginer. Tom avait intérêt à vite sortir avec elle pour pouvoir m'en débarasser !

Je rangeai quelque peu et trouvai au passage le tee-shirt que m'avait prêté Bill le jour où ils m'avaient gentillement jetée à l'eau. Souvenir, souvenir... Je le pliai soigneusement et le cachai ensuite sous mon oreiller, avec pour but de le mettre comme pyjama cette nuit. Je téléphonai ensuite chez Versace et Dolce & Gabbana, les magasins préférés de Kate, pour prévenir de notre visite. Ils ne pouvaient pas nous refuser l'entrée, on faisait partie de leurs meilleurs clients...On partit une heure plus tard; le temps que Kate se prépare. Elle n'était pas très loquace sans en être pour autant désagréable, me facilitant la tâche. Je lui parlai bien entendu de Bill et très très peu de Tom. Il accepta avec réticence de sortir ce soir-là, mais je parvins à la convaincre.

Lorsqu'on revint à l'hotel, je fus immédiatement interpellée par Gustav.

« Ah t'es là ! Ce fait une demi-heure qu'on te cherche ! Je te rappelle qu'on a une chanson à chanter pour dans trois jourss alors qu'on est toujours pas au point !
- Désolée, j'étais pas au courant qu'une répète avait lieu aujourd'hui... »

On travailla d'arrache pied durant deux heures plus ou moins. Notre chanson se mettait peu à peu en place, à notre plus grand plaisir. Les gars répètèrent également rapidement leurs chansons. Je tentais tant bien que mal de les accompagner avec la voix, mais ça partait en couille parce que je ne connaissais pas les paroles. La seule chanson passable était "Frei Im Freien Fall". Ce n'était pas ma préférée mais je m'éclatais trop en la chantant.

Une fois la répète terminée, j'allai parler à Tom. Il était occupé de parler avec Bill de je ne sais quoi. Je lui annonçai la venue de Kate, ce soir là, sur quoi il me répondit par une regard de défi. Il était persuadé de gagner, et j'allais tout faire pour l'en empêcher. Je proposai à Bill de m'accompagner, mais il refusa net. « Et puis on risque de rencontrer Claudia (l'ex hystérique NDLR) et ça m'enchante pas des masses.. »

J'avais beau le supplier, lui promettre toutes les choses possibles et imaginables, rien n'y faisait, Bill ne voulait pas céder. On alla donc à trois au Fuzz, et vous l'aurez deviné, je perdis mon pari. Bill n'avait même pas daigné pointer son nez et Tom embrassa Kate dès la seconde danse.

J'étais accoudée au bar, en train de commander une boisson quand je sentis une main se poser sur mes épaules et une présence s'asseoir sur le tabouret à côté du mien.
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